Oui, je suis une cruche et EN PLUS je n’ai pas la télé (et je crois bien que la radio non plus).
Ce qui fait qu’un jour de grande créativité, dépêchée par mes supérieurs à la conférence de presse du Festival du Rire de Montreux avec une caméra, je me suis mise à demander aux artistes qui étaient là de me présenter leur spectacle avec l’accent suisse.
Bah oui… Montreux… la Suisse… l’accent… le festival de l’humour… vous me suivez, blague quoi, blaaaaague!
Tout se passait bien (autant que possible pour un reportage à l’ambassade de Suisse), jusqu’à ce que je tombe sur Gaspard Proust, intervenant dans les émissions de Ruquier et qui tourne en ce moment avec son one-man show « Enfin sur scène? »
Attention, flashback…
Moi, avec la tête de la fille qui s’apprête à dire un truc très drôle :
Hey Gaspard, Gaspard, tu voudrais pas me raconter ce que tu as prévu pour festival de Montreux… mais attention, AVEC L’ACCENT SUISSE HEIN!
Lui, silence : …
Lui, sourire gêné : Euh, bah c’est à dire que je suis déjà Suisse alors…
Et oui Gaspard Proust, tu es Suisse. Mais moi comme je suis une cruche et qu’en plus je n’ai pas la télé… suisse, pas suisse, grand, gros, blond, brun, roux, unijambiste… je fonce dans le tas!
La prochaine fois que vous voulez couper toute répartie à la star montante de l’humour noir et du cynisme, faites-moi signe.
Adeptes du ridicule et des grands moments de solitude, rassurez-vous néamoins, ce ne fût qu’un bref sursis de 30 secondes pour ma pomme d’inculte. Je me suis évidemment faite aligner comme il faut dès que le jeune homme a repris ses esprits cinglants.
Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, je compte bien me réconcilier avec Gaspard Proust, le comique suisse donc, en allant grincer des dents au Théâtre Monte-Charge où il est de passage pour son escale avignonnaise.
Je suis une cruche et je n’ai pas la télé
par Claire H le 27. juil, 2010 dans Avignon Off 2010, Billets d'humeur
Philippe Quesne, le riz au lait et les images
par Claire H le 21. juil, 2010 dans Avignon IN 2010, Avignon Off 2010, Critiques
Je l’avoue, cet après-midi, je m’apprêtais à aller faire les soldes, histoire de voir s’il y a encore des choses à sauver dans ce monde qui – vu des gradins d’Avignon- va si mal.
Oui, je m’apprêtais à aller faire les soldes, mais j’ai dû rentrer absolument ici pour vous parler de Philippe Quesne, du riz au lait et des images.
Philippe Quesne donc, dont j’ai vu la dernière création Big Bang hier soir.
Ses spectacles sont comme des morceaux de Barbapapa. Sucrés, parfois roses et enfantins, ils vous fondent dans la bouche en moins de deux.
Rien ne reste… ou presque. Et c’est là la magie du bonhomme. Faire poindre derrière la légèreté absolue et le dérisoire, une douce mélancolie, une impression indéfinissable qu’il est en train de se dire quelque chose qui nous concerne.
Dans Big Bang, on retrouve une joyeuse bande -celle du Vivarium Studio qui est de toutes ses aventures théâtrales- que l’on voit cette fois-ci tenter de mettre en scène les origines du monde. Mais leur but n’est jamais explicité clairement, et c’est de là que provient tout le trouble qui ouvre la porte au style Philippe Quesne.
Les personnages vont et viennent, avec la concentration, l’application et le souci du détail de ceux qui ont une mission importante. L’accent est mis sur la lenteur, l’action qui est en train de se faire, et qui forcément tourne à l’absurde puisqu’on n’en connaît ni les tenants ni les aboutissants.
Ce qui prend le pas sur la compréhension, c’est alors la poésie visuelle des scènes, composées par Philippe Quesne – plasticien de formation – comme des tableaux qui s’élaborent touche par touche. Et un sentiment d’être unis dans l’absurde, joyeusement, gaiement, comme une bande de grands enfants un peu dépassés par ce qu’ils font, mais qui aiment y travailler ensemble.
Plus radicalement que dans La Mélancolie des Dragons (son dernier spectacle), Big Bang franchit sans frapper l’antichambre où siègent nos neurones, pour s’adresser directement à cette partie sensible, cachée et silencieuse de nous même.
Sans s’embarrasser de fil narratif, de dialogues cohérents ou de personnages définis, sans formule de politesse ou panneau d’avertissement, seulement avec des images.
Et le problème avec les images, c’est que ça passe ou ça casse. Et c’est indiscutable.
Je ne voudrais pas avoir l’air de me défiler comme une vieille chaussette, mais rien ne sert de tenter de comprendre, d’expliquer, d’analyser, de convaincre, ce n’est pas par là que ça passe.
Et disons –le franchement, ceux pour qui ça ne passe pas auront la désagréable impression d’avoir payé 27 euros pour voir des bonhommes verts sur fond vert trimer pour empiler des canots pneumatiques de tailles variables.
Je me sens un peu coupable de ne pas pouvoir vous aiguiller plus que ça… Alors ce que je vais faire, c’est vous proposer aussi une autre alternative.
Le subjuguant Riz au Lait, qui se joue dans le off à la Condition des Soies à 13h40.
Et quelque part les cousins taïwanais de Philippe Quesne.
Au moins pour ce qui est du goût pour les images et pour un certain bonheur à cultiver le temps suspendu.
Mis en scène par un américain, Craig Quintero, et interprété par les artistes taïwanais du Riverbed Theatre, Riz au lait ne vous racontera pas d’histoires.
Non, Riz au lait se laissera déguster depuis les nimbes mous et ouatés où il vous aura plongé, en prenant son temps, et toujours avec délicatesse.
Là aussi les scènes sont construites comme des tableaux.
Lentement, très lentement, les interprètes viennent prendre position dans la scène qui se dessine devant nos yeux.
Dans le silence le plus absolu et avec quelque chose d’une pudeur et d’une retenue rassurantes.
Et pourtant, les images qu’ils composent relèvent d’une poésie aussi délicate que cruelle, aussi gracieuse que sombre.
La souffrance, l’amour, l’innocence… les tableaux successifs de Riz au lait charrient les sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus beau et de plus noir.
Sans lien apparent, ils s’enchaînent d’ailleurs en douceur, sans interruption, comme un fil qu’on déroule. On se régale et on s’émerveille de leur beauté étrange, en se laissant aller à ne pas se poser la question du sens, en se laissant porter.
Et en souriant quand les images se font littérales comme cette jeune fille qui, dans un verre à vin, « boit les larmes » d’une autre.
Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !
Merci -que la rencontre se fasse ou pas- de nous offrir au moins la possibilité de prendre une autre porte. Celle de nous laisser porter sans avoir à user de ces neurones qui prennent tant de fois le pas sur tout.
Merci d’avoir confiance en cette petite part cachée de nous-même qui peut vibrer sans qu’on lui dise un mot.
Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !
Car il faut une vraie vision pour réussir à guider toute une troupe – pêle mêle les acteurs et nous les spectateurs- dans une direction qui s’amuse à prendre des airs de ne pas en être une.
Oula, je me relis, désolée… euh… c’est un peu grandiloquent ces mercis, non ?
Et ben tiens pour la peine, je m’en vais de ce pas me livrer à une autre activité, avortée ce matin, et qui elle non plus ne fera pas trop appel à mes neurones…
Patapons et cucurbitacés
par Claire H le 16. juil, 2010 dans Avignon Off 2010, Billets d'humeur, Critiques
C’est marrant que j’ai été voir le spectacle de Patrick Robine -mis en scène par Jean-Michel Ribes- pile AUJOURD’HUI.
Oui parce qu’aujourd’hui j’ai 30 ans.
J’ai 30 ans et je crois toujours au monde des Patapons. Ce qui, d’après certains de mes amis, pourrait vite devenir un problème. A partir d’un certain âge me dit-on, il faudrait penser à laisser tomber les pataponeries pour les choses sérieuses.
Et c’est là – aujourd’hui même alors que j’allais m’y résoudre (si maman c’est vrai !) que je tombe sur Patrick Robine et sa ferme des concombres.
Je tombe sur Patrick Robine et je me fais happer en moins de temps qu’il ne faut pour poser ses fesses sur un strapontin dans sa bulle imaginaire et improbable, son monde fou et généreux où tout est possible, où tout est normal.
Ça y est, j’ai 30 ans, et je veux manger de spaghettis cuites sous la cendre.
J’ai 30 ans et je veux fuir l’ordre, le taylorisme et les jardins à la française.
J’ai 30 ans et je veux vivre assez longtemps pour pouvoir observer la transhumance des étoiles de mer et voyager à dos de grand chameau d’Assynie de taille moyenne.
J’ai 30 ans… et je veux marcher le jour puisqu’on ne peut dormir la nuit.
En osant les associations les plus incongrues avec un naturel désarmant, et parce qu’il sait si bien donner des allures familières à son monde délirant, Patrick Robine nous fait franchir sans heurt les quelques pas qui nous séparent de sa ferme des concombres.
Abandonnés nos élans de rationalité, laissées de côté nos tentatives d’analyse… Après tout, pourquoi se méfierait-on puisqu’on est – nous fait-on croire- en terrain connu ?
Et c’est comme ça que l’on se retrouve l’air de rien suspendu aux lèvres d’un homme qui, tout naturellement, côtoie des cucurbitologues et préfère passer sa tête à travers l’œil de boeuf.
Souvent accompagnée des imitations les plus improbables (mention spéciale au waterbed) et des allitérations les moins attendues, la parole de Patrick Robine déploie son chic à créer dans nos têtes une foule d’images instantanées, et à réveiller, de façon assez jubilatoire, notre soif d’histoires et de mots.
Et puis c’est la fin du spectacle, les lumières se rallument. La bulle éclate, et moi, j’ai toujours 30 ans.
Mais quelque part, je crois que c’est moins grave qu’il y a 1h10.
Parce que maintenant je sais que dans cette ferme des concombres, il y doit bien y avoir un peu de place pour une bloggeuse de taille moyenne et trois patapons.
About Claire Hazan
Comme le Patapon aime la Pataponie, Claire H aime la terre d’Avignon, son festival et sa faune, parfois sauvage, souvent bruyante mais toujours colorée. Elle en ramène pour Premiere.fr un carnet de voyage exotique et éclectique.
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