Archive des tags: avignon in 2010

Pierre Rigal au Micro. That’s Rock’n'Roll baby!

micro – Pierre Rigal

J’aime beaucoup mais alors vraiment BEAUCOUP les nouveaux amis de Pierre Rigal.

Il faut avouer que j’avais déjà pas mal d’atomes crochus avec sa famille… Oui, celle qu’il forme avec Aurélien Bory, metteur en scène et chorégraphe comme lui, circassien aussi, qui l’a jusqu’ici accompagné dans beaucoup de ses aventures théâtrales. Leur gène commun ? Celui des formes théâtrales authentiquement originales, le gène des petits ovnis théâtraux, ceux qui savent se présenter à vous pleins d’inventivité (et souvent d’humour) tout en vous donnant le sentiment d’une grande simplicité.

Pour Micro, la petite perle qu’on nous avait réservée pour les derniers jours du festival d’Avignon, l’ancien athlète reconverti en danseur s’est donc entiché de nouveaux camarades de jeu.
Et figurez-vous que ce sont des rockeurs.
Des vrais même, ceux du groupe Moon Pallas.
Et qu’avec eux, il s’apprête à donner un concert inoubliable – qui forcément marchera sur la tête- et s’amusera à déconstruire pour mieux les ressusciter les codes de la rock attitude.

Sur le plateau, le concert se construit progressivement. Amplis, micros, câbles, batteries, guitares, synthés… Puis guitariste, batteur, clavier et chanteuse. Le tout, servi bien sûr en pantalons de cuir et vestes à paillettes[...]

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Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Je l’avoue, cet après-midi, je m’apprêtais à aller faire les soldes, histoire de voir s’il y a encore des choses à sauver dans ce monde qui – vu des gradins d’Avignon- va si mal.

Oui, je m’apprêtais à aller faire les soldes, mais j’ai dû rentrer absolument ici pour vous parler de Philippe Quesne, du riz au lait et des images.

Philippe Quesne donc, dont j’ai vu la dernière création Big Bang hier soir.
Ses spectacles sont comme des morceaux de Barbapapa. Sucrés, parfois roses et enfantins, ils vous fondent dans la bouche en moins de deux.

Rien ne reste… ou presque. Et c’est là la magie du bonhomme. Faire poindre derrière la légèreté absolue et le dérisoire, une douce mélancolie, une impression indéfinissable qu’il est en train de se dire quelque chose qui nous concerne.

Dans Big Bang, on retrouve une joyeuse bande -celle du Vivarium Studio qui est de toutes ses aventures théâtrales- que l’on voit cette fois-ci tenter de mettre en scène les origines du monde. Mais leur but n’est jamais explicité clairement, et c’est de là que provient tout le trouble qui ouvre la porte au style Philippe Quesne.

Les personnages vont et viennent, avec la concentration, l’application et le souci du détail de ceux qui ont une mission importante. L’accent est mis sur la lenteur, l’action qui est en train de se faire, et qui forcément tourne à l’absurde puisqu’on n’en connaît ni les tenants ni les aboutissants.

Ce qui prend le pas sur la compréhension, c’est alors la poésie visuelle des scènes, composées par Philippe Quesne – plasticien de formation – comme des tableaux qui s’élaborent touche par touche. Et un sentiment d’être unis dans l’absurde, joyeusement, gaiement, comme une bande de grands enfants un peu dépassés par ce qu’ils font, mais qui aiment y travailler ensemble.

Plus radicalement que dans La Mélancolie des Dragons (son dernier spectacle), Big Bang franchit sans frapper l’antichambre où siègent nos neurones, pour s’adresser directement à cette partie sensible, cachée et silencieuse de nous même.

Sans s’embarrasser de fil narratif, de dialogues cohérents ou de personnages définis, sans formule de politesse ou panneau d’avertissement, seulement avec des images.

Et le problème avec les images, c’est que ça passe ou ça casse. Et c’est indiscutable.

Je ne voudrais pas avoir l’air de me défiler comme une vieille chaussette, mais rien ne sert de tenter de comprendre, d’expliquer, d’analyser, de convaincre, ce n’est pas par là que ça passe.

Et disons –le franchement, ceux pour qui ça ne passe pas auront la désagréable impression d’avoir payé 27 euros pour voir des bonhommes verts sur fond vert trimer pour empiler des canots pneumatiques de tailles variables.

Je me sens un peu coupable de ne pas pouvoir vous aiguiller plus que ça… Alors ce que je vais faire, c’est vous proposer aussi une autre alternative.

Le subjuguant Riz au Lait, qui se joue dans le off à la Condition des Soies à 13h40.
Et quelque part les cousins taïwanais de Philippe Quesne.

Au moins pour ce qui est du goût pour les images et pour un certain bonheur à cultiver le temps suspendu.

Mis en scène par un américain, Craig Quintero, et interprété par les artistes taïwanais du Riverbed Theatre, Riz au lait ne vous racontera pas d’histoires.

Non, Riz au lait se laissera déguster depuis les nimbes mous et ouatés où il vous aura plongé, en prenant son temps, et toujours avec délicatesse.

Là aussi les scènes sont construites comme des tableaux.

Lentement, très lentement, les interprètes viennent prendre position dans la scène qui se dessine devant nos yeux.

Dans le silence le plus absolu et avec quelque chose d’une pudeur et d’une retenue rassurantes.

Et pourtant, les images qu’ils composent relèvent d’une poésie aussi délicate que cruelle, aussi gracieuse que sombre.

La souffrance, l’amour, l’innocence… les tableaux successifs de Riz au lait charrient les sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus beau et de plus noir.

Sans lien apparent, ils s’enchaînent d’ailleurs en douceur, sans interruption, comme un fil qu’on déroule. On se régale et on s’émerveille de leur beauté étrange, en se laissant aller à ne pas se poser la question du sens, en se laissant porter.

Et en souriant quand les images se font littérales comme cette jeune fille qui, dans un verre à vin, « boit les larmes » d’une autre.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Merci -que la rencontre se fasse ou pas- de nous offrir au moins la possibilité de prendre une autre porte. Celle de nous laisser porter sans avoir à user de ces neurones qui prennent tant de fois le pas sur tout.

Merci d’avoir confiance en cette petite part cachée de nous-même qui peut vibrer sans qu’on lui dise un mot.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Car il faut une vraie vision pour réussir à guider toute une troupe – pêle mêle les acteurs et nous les spectateurs- dans une direction qui s’amuse à prendre des airs de ne pas en être une.

Oula, je me relis, désolée… euh… c’est un peu grandiloquent ces mercis, non ?

Et ben tiens pour la peine, je m’en vais de ce pas me livrer à une autre activité, avortée ce matin, et qui elle non plus ne fera pas trop appel à mes neurones…

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Trust – Falk Richter danse pour la deuxième fois et Superman meurt encore une fois

Trust

C’est sûr, on ne connaissait pas l’auteur Falk Richter pour son optimisme débridé sur notre société.

Pour s’être pris en pleine figure Das System mis en scène par Stanislas Nordey ici même à Avignon il y a deux ans et un Electronic City mis en scène par Cyril Teste un peu plus tard, on sait déjà que ça fait un bail que l’auteur allemand a balancé ses bisounours par la fenêtre… et ses illusions avec.
Pour rappel des thèmes passés à l’implacable moulinette Richter : emprise du virtuel et des nouvelles technologies, hégémonie de la sphère économique, manipulation médiatique et politique… Avec à chaque fois une application toute particulière à décortiquer comment ces travers modernes écrasent les hommes et pervertissent les relations humaines.

Oui, on nous avait prévenus, Falk Richter n’est pas un optimiste. Et s’il m’a enchantée avec Trust, je crois aussi qu’il est définitivement venu à bout de mes derniers espoirs.

Deuxième spectacle conçu en collaboration avec la chorégraphe néerlandaise Anouk van Dijck (après Nothing Hurts), Trust réussit le formidable exploit de taper en plein dans le mille d’une cible qu’on croyait invisible.
Mettre le doigt sur ce qui fait que rien ne va jamais, sans qu’on sache vraiment ce qui ne va pas et surtout, sans qu’on ait mal au point de changer quoi que ce soit.

1h45 de spectacle pour cristalliser le mal impalpable de notre société moderne et mettre des images sur cet état latent dans lequel notre monde nous a précipités. Cet état qui nous épuise et contamine toutes les sphères de notre vie au point de ne plus savoir par quel bout prendre le problème.
Et vlan, nos vies toutes tracées et planifiées.
Et vlan, l’impossible équilibre des relations humaines.
Et vlan le système économique qui s’écroule en temps de crise, et nos derniers refuges avec. (l’argent, l’immobilier, beaucoup plus sûrs que les humains)

Sur le plateau, on se centre sur les rapports humains, base sapée d’un monde en déconfiture.
Aux mots de Richter mots qui cherchent à dire l’impossible confiance, l’inatteignable équilibre entre deux êtres et le gouffre sans fin dans lequel on s’engage quand on persiste à vouloir l’atteindre, répondent les corps merveilleusement chorégraphiés par Anouk van Dijk.
Beaucoup de duos, de corps à corps qui toujours s’attirent se repoussent, se contraignent l’un l’autre et surtout s’échappent, se fuient, se glissent entre les mains, tentent de se rattraper sans jamais vraiment se saisir l’un de l’autre définitivement.
Avec l’autre c’est trop complexe pour être supportable, sans l’autre ça n’a pas de sens. Et de sombrer dans un tourbillon émotionnel sans porte de sortie, un vertige existentiel qui ne trouve de solution ni dans la fuite ni dans le rapprochement.
Une scène de ménage qui tourne en rond d’un côté, deux corps qui se cherchent de l’autre, une voix au micro, parfois une chanson. La richesse des actions simultanées sur scène, et l’absence d’intrigue centrale et de personnages à part entière, vient précipiter le sentiment de confusion irrémédiable.

Bon évidemment maintenant que le décor est planté, si je vous dis qu’on y rigole beaucoup, vous n’allez pas me croire.

Face au bazar humain, Richter, toujours, œuvre avec un cynisme féroce mais comique, que les danseurs-comédiens de Trust – dont on salue sans exception la performance- s’approprient avec une visible jubilation.
Comme cette scène qui voit un coach tenter d’arracher un aboiement agressif à une rangée de personnes apeurées, incapables d’articuler autre chose qu’un « miaou » timide.
Incapables de résister, de taper du poing sur la table et de changer le monde qui leur échappe de toutes parts.
« Je voulais changer le monde et je t’ai rencontrée. »
« Je voulais changer le monde et maintenant je veux juste m’y fondre. »
« Je ne peux jamais partir, je ne peux que m’effondrer. »
« Je ne sais pas où aller pour sortir d’ici.  »

Le constat est sombre et irrémédiable. Le monde va mal, nous aussi, rien ne sert de changer c’est encore plus compliqué. Et d’ailleurs rien que d’y penser, on est déjà à bout de forces.

Il y a des spectacles qui nous parlent d’un monde qui va mal mais qui, d’une façon ou d’une autre, nous laissent un petit cadeau de fin : une petite larme, un sentiment d’être vivant et une soudaine envie de se prendre pour Superman et de changer le monde. Ok, ça dure deux ou trois heures pas plus, mais avouons-le c’est un plaisir expiatoire qui fait du bien.

Chez l’aride Falk Richter, pas de plans sur la comète ou de douces illusions, il ne nous laissera pas savourer ce petit plaisir culcul. Aucune pâquerette ne repousse après la tempête.

Il y a donc un point qui reste un mystère pour moi et ma boîte de Lexomil.
Par quel biais ce type de spectacle – fabuleuse réussite théâtrale au demeurant- peut-il nous amener à plus qu’un constat désespéré ? Et d’ailleurs est-ce l’un de ses buts? Parce qu’après tout, me direz-vous, mettre des mots et des images sur ce qui ne va pas, c’est déjà pas mal…

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Un nid pour quoi faire. Bah oui tiens, pour quoi faire ?

unnid1-1

On se pose souvent tout un tas de questions bêtes.

Est-ce que tu préfères mourir de froid ou de chaud ?
Est-ce que tu préfères gagner 10 000 euros tout de suite ou 100 000 dans dix ans ?
Est-ce que tu préfères ton père ou ta mère ?

Bon bah moi, en sortant d’Un nid pour quoi faire, spectacle d’Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, j’ai désormais la réponse à l’une de ces questions essentielles.

Est-ce que tu préfères t’ennuyer en silence ou dans le brouhaha ?

Si certains se sont dits ennuyés par les silences de Christoph Marthaler et de son Papperlapapp d’ouverture, moi je peux dire que je le fus sérieusement par le trop-plein de mots d’Olivier Cadiot. Ou peut-être plutôt par sa mise en forme théâtrale.

Ça partait pourtant plutôt bien.

Une petite annonce incongrue, jolie promesse de départ. « Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller en image, chambre tout confort dans chalet atypique, artistes s’abstenir, envoyer prétentions. »

Et en première réponse une proposition esthétique tout aussi loufoque, qui voit débarquer dans un chalet les membres de ladite cour, dans des tenues qui font référence pêle-mêle à la combi de ski de mon oncle Albert dans les années 70, à la robe de chambre de Marie-Antoinette et à ma dernière acquisition chez H&M, le leggings rose fluo tendance 80’s.

On se retrouve donc face une parfaite bande de freaks, petite communauté refermée sur elle-même et entièrement dédiée à satisfaire les moindres caprices de son roi tyrannique et désabusé. Dans un espace fermé –un chalet et la neige omniprésente autour grâce aux projections vidéos- chacun s’affaire à des choses absurdes, s’inquiète des mauvais problèmes et fait monter la mayonnaise sur de sujets qui n’en sont pas.

Et pourtant on sent que tout ça se tient et suit – dans leur univers – une logique indéniable, un fil rouge qui leur est propre et nous échappe. Un cercle clos à la Truman show où tout est vrai dans un monde faux, cohérent dans un monde incohérent.

Et c’est là la principale réussite de cette mise en scène, qui arrive à préserver du trop-concret, l’impalpable l’étrangeté qui règne dans le texte d’Olivier Cadiot. Cette bizarrerie indéfinissable que l’on sent monter à la lecture ou à l’écoute du texte, et qui a la particularité de ne pas trouver pas son origine dans les ressorts habituels : pas de mots ou de phrases complexes, pas d’associations farfelues de mots ou d’idées, pas d’actions trop directement absurdes.

Revenons-en au roi, car après tout c’est le roi.

Déchu, fatigué, exilé, il est comme « un petit soleil qui brille pour trois pelés », ayant conservé les habitudes capricieuses et le faste des grands jours quand sa gloire est derrière lui.

Son analyse de la situation ? C’est évident, il souffre d’un déficit d’image, et pour y remédier il lorgne du côté des techniques marketing et consomme des conseillers (en poésie, en diététique etc.) comme des cachets de Lexomil.

Le dernier en date c’est justement Robinson – personnage récurrent des histoires d’Olivier Cadiot – jeune homme introverti en quête de sa place au chaud dans ce monde, arrivé au royaume presque par hasard.

Sous la loufoquerie, la satire politique commence à pointer, évidemment.

Le pouvoir qui flirte d’un peu trop près avec la communication, le rafraîchissement de l’image qui passe avant le renouvellement des idées politiques, le besoin de s’ancrer dans le passé pour être légitime et dans la nouveauté pour conserver son attrait. Bref, tous les caprices et les aveuglements d’un pouvoir centré sur lui-même…

Tout ça se fait au départ avec beaucoup d’humour et d’apparente légèreté, de brainstorming insensés (et si on s’associait à une marque de gelée royale, et si on éditait des boîtes de chocolats à l’effigie des membres de la cour ?) en propositions politiques fortes (pourquoi pas des travailleurs transgéniques qui s’autodétruiraient à l’âge de la retraite ?).

Et c’est la que la machine royale s’emballe.

Le texte d’Olivier Cadiot, bavard et rapide par nature, continue d’accumuler les mots. Ils s’accumulent, s’enchaînent, digressent à loisir.

Au bout d’un moment la mise en scène qui trouvait là matière parfaite à développer subtilement ses personnages, son ambiance et sa satire, semble se laisser rattraper par le trop plein de mots justement.

Et de caser une blague par-ci, une farce par là et entre les deux une autre scène de crise de nerfs royale, comme s’il fallait bien faire quelque chose de tous ces mots.

Le tout devient bavard, très bavard et patine sur place sans qu’on sente le propos satirique qui sous-tend tout ça tenter de se développer plus loin.

Et nous, on finit par lâcher ce fil rouge étranger auquel on avait aimé chercher à s’accrocher au départ.

Au milieu de la poudreuse, il y a heureusement les acteurs, tous très bons, et qui grâce à leur rythme et leur dynamique permettent de rattraper un peu de la distance avec les mots. Laurent Poitrenaux tient à merveille son personnage de roi déchu, auquel il donne beaucoup plus de profondeur que celle d’un simple tyran capricieux, avec ce je-ne-sais quoi presque attachant d’un enfant dépassé par la situation.

Et puis il y a aussi les bulles introspectives de Robinson, matérialisées par de planantes vidéos de routes enneigées et par une « voix off » apaisante qui évolue sur la musique de Rodolphe Burger. Véritables respirations dans le spectacle, changements rythmiques et esthétiques réussis, elles viennent nourrir la pièce d’un peu de recul supplémentaire et salvateur.

Il faut le dire, je repars du Nid déçue.

Mais comme on n’est pas très branché monarchie absolue sur ce blog, je tiens à préciser que ce point de vue n’a aucune velléité despotique, et pourra facilement trouver son contrepoids dans d’autres royaumes, où les critiques sont visiblement très positives sur le sujet.

Ah oui, et au fait, je ne me suis pas du tout ennuyée pendant Papperlapapp !

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