Prendre des notes pendant un spectacle en tentant de se tenir un mouchoir sur le nez, ce n’est pas chose aisée. C’est pourtant ce que tentait de faire ma voisine pendant la représentation de Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Roméo Castellucci.
Moi, très discrètement, j’étais plutôt en train d’essayer de m’enfoncer mon Labello parfum cerise-grenade dans les narines.
Sur scène, un père, âgé et incontinent, et son fils, jeune cadre dynamique, déployant des trésors de patience pour s’occuper de lui. Et quand on connaît le bonhomme Castellucci, on se doute bien que pour représenter l’incontinence il ne va pas lui suffire de répandre un quelconque liquide marron dans un décor blanc immaculé. Non il lui faut aussi ajouter l’odeur, diffusée dans toute la salle au point que certains des spectateurs la quittent dès les dix premières minutes.
On ne s’étendra pas d’avantage sur le sujet, la scène se répète, avec la lenteur et la lourdeur du temps réel : le père défèque jusqu’à se vider complètement, et le fils lui essuie patiemment les fesses avec douceur, colère puis résignation.
En toile de fond de ce début ultra-réaliste, le visage de Jésus observe la scène, immense et impassible, tiré d’une toile peinte par Antonello de Messine au XVe siècle.
Il y a du théâtre provoc’ qui laisse le choix. On peut adhérer, ne pas adhérer, prendre de la distance pendant la représentation, se dire « c’est vraiment n’importe quoi », « ce n’est pas mon truc, vivement que ça se termine » ou même « quel foutage de gueule ».
Les spectacles de Roméo Castellucci, eux, me font toujours le même effet. Celui d’une prise d’otage.
Difficile de ne pas être révolté par la provocation évidente, de ne pas avoir envie un instant de se lever et de partir bruyamment. Ce fut le cas cette fois-ci, et ce le fut pour Purgatorio, qui nous imposait les bruits étouffés et interminables d’une scène d’inceste entre un père et son fils.
Et pourtant à chaque fois, impossible de créer la distance nécessaire à cette prise de décision soudaine, à cette révolte. Impossible de s’écarter de ce qui nous est montré.
En dilatant le temps, en collant au plus près du réel ( au départ du moins), Castellucci nous maintient littéralement le nez dans la merde, jusqu’a ce qu’on ait plus le choix que de la regarder en face.
L’étape d’après – comme s’il avait fallu rester pour la mériter- voit en général le réel se transfigurer, tant du point de vue de l’esthétique que du sens, et nous emmener vers un ailleurs théâtral plus réjouissant.
Dans Sur le concept du visage du fils de Dieu, après la première demie-heure, tout s’accélère. Un peu trop d’ailleurs pour qu’on ait le temps de vraiment profiter de la puissance symbolique et visuelle de l’ensemble. Le spectacle ne dure au final qu’une heure.
Un groupe d’une dizaine d’enfants débarque sur scène avec des sacs à dos qu’ils semblent traîner comme un fardeau sur leurs épaules. Le fardeau qui sera le leur une fois devenu adultes?
Ils en sortent des grenades qu’ils dégoupillent et jettent avec fracas au visage du fils de Dieu.
Accusation? Supplication? Prière fervente? Révolte? Incompréhension face à l’irrévocable issue de la vie?
Les questions sont posées, mais pas résolues.
Malgré les projectiles et la lente déchéance dont il est témoin depuis le début du spectacle, le visage du Christ demeure impassible.
Comment faire alors? Avec lui? Sans lui? Accepter, se révolter? Faire face, tourner le dos?
A-t-on vraiment le choix?
Les images que nous transmet Castellucci ne viennent pas tant interroger notre rapport à la foi- et c’est tant mieux- que la question du don de soi. Accompagner ceux que l’on aime, à qui l’on est lié malgré tout. Jusqu’au bout. Pour eux. Pour soi aussi. Comme seul palliatif à une solitude partagée mais inexorable.
Libre ensuite à chacun de lier ou non ces questions à celles de ses croyances religieuses.
Difficile par contre d’y échapper, tant Castellucci nous fout encore une fois ses questionnements dérangeants sous le nez, avec grâce et profondeur.
Une prise d’otage qu’on vous disait… mais avec un doux syndrome de Stockholm.
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Vous décrivez très bien ce que l’on nous a donné à voir, à entendre et à sentir ..
J’ai vu le spectacle.. je suis restée jusqu’à la fin..mais je n’ai pas applaudi..( ce vendredi 22 juillet, nous étions à peine une dizaine à rester les bras croisés..) j’ai eu envie de crier « Remboursez »..Je ne l’ai pas fait..car les dix dernières minutes avec les enfants qui « bombardent » le portrait de Jésus et puis le visage qui disparaît.. , cétait un beau tableau mais est-ce du théâtre ??
Payer 16 euros pour voir « ça », c’est du « foutage de gueule » ( excusez l’expression ! ) en sortant, j’étais en colère .. Il n’y avait RIEN dans le texte, RIEN dans le jeu des acteurs .. une mise en scène presque banale sauf la fin.. L’auteur, dans ses interviews, dit que c’est au spectateur de travailler quand il va voir ses spectacles.. mais là, il abuse !!
J’aimerais entendre ceux qui ont applaudi, m’expliquer pourquoi ils l’ont fait.. J’aimerais entendre quelqu’un me dire ce qu’il a aimé .. quelqu’un qui me démontre que c’était un spectacle de théâtre !!
moi j’aime de + en + la prose de Mlle H, les années passe et je suis bluffée de + en + poétique, même sur ce sujet « de merde ». Je suis d’ailleurs admirative de sa témérité, je retiens ce potentiel de résistance pour qd l’occasion se présentera…
Bon je continue la lecture, mais les 3 premiers post anime mon dimanche soir !
Je n’arrive pas à comprendre que vous puissiez parler de théatre ! Vous le dites vous mêmes que vous avez failli sortir, une autre qu’il restait 10 personnes dans la salle !
Pour plaire faut-il donc se vautrer dans le fumier ? Est-ce que la vie pue à ce point ?
Allez vous mettre des excréments dans votre salon pour donner une leçon à vos invités ou à vos enfants ?
Alors que fait donc Roméo Castelluci ? Il empoisonne les spectateurs !
Alors, Oui le Christ regarde les hommes s’amuser et lui jeter des grenades….et alors ?Alors,Où est le plaisir ? dans le blasphème, dans le défoulement ?
Alors des milliers de chrétiens dans le monde sont persécutés pour leur foi en Dieu, et d’autres sont actifs pour aider les plus démunis…
Alors,un jour la Vérité se fera entendre et Ce Christ se montrera au monde .
Alorsnous verrons qu’Il n’était pas comme certains l’ont imaginé, Il n’est pas de telle ou telle église .
Alors,nous le verrons et nous serons boulversés par son Amour, et nous inclinerons .
PS:Alors, publierez vous ma réponse ? malgré son l’odeur !
tout à fait d’ accord avec vieux caleb et je n’ irais surement pas dépenser un euro pour voir un spectacle aussi attristant Une fois de plus pour choquer que ne fait on pas!
Il n’y a pas UNE lecture, mais PLUSIEURS lectures possibles à une oeuvre artistique – et c’est bien là la preuve qu’il s’agit d’une création. Vous y voyez blasphème parce vous ne vous autorisez pas d’autres interprétations: cette figure du Christ, est-elle salie? Comment apparaît-elle, à la fin du spectacle? N’est-elle pas au contraire « régénérée », en quelque sorte?
Quel rapport voyez-vous entre cette pièce et la persécution de certains chrétiens? Au nom de quoi voulez-vous imposer votre vision? Interdisons aussi Voltaire et Genêt, pendant que l’on y est!
Cher Notule,
Alors plusieurs lectures ? oui . Acceptez la mienne !
Loin de moi d’imposer quoique ce soit ; mais la liberté ne me permet pas de faire mal à l’autre .Voltaire peut continuer à être lu dans les écoles…alors chiche lisons aussi les textes bibliques, et faisons le pari ( de Pascal?) que beaucoup seront étonné de ne pas y trouver une RELIGION mais un message d’une grande beauté qui n’a pas besoin d’odeur d’excréments pour se faire comprendre .
Que Le Dieu que je sers vous bénisse,
Vieux Caleb
Je trouve dommage que la violence accompagne l’opposition ( problème aaai théâtre de le ville au Chatelet).Et je ne cautionne pas la violence. MAIS :
Je ne suis pas d’accord pour appeler ART ce qui me semble être de la part de l’auteur « Je règle mes comptes avec la religion chrétienne ! Comprenne qui voudra et à chacun d’interpréter ce qu’ils verront au théâtre. »
Tout semble permis aujourd’hui, d’autres théâtre proposent d’autres pièces blasphématoires sur Dieu . La religion n’est pas mon appui, c’est ma foi en Jésus-Christ qui anime ma vie .
Alors je pense que manifester PAISIBLEMENT pour montrer un autre visage de la Foi Chrétienne doit pouvoir se faire, même devant un théâtre . Mais là encore sans violence verbale ni violence physique .
Pardonnons donc à ces jeunes si certains sont allés trop loin. Par contre m’étant tenu devant ce théâtre pendant près d’une heure et demi( j’ai quitté vers 22h30) je n’ai jamais vu la moindre violence physique à l’extérieur, sinon quelques échanges très vifs.
Est-on vraiment libre lorsqu’on peut insulter son voisin, moi je dis qu’il ne faut pas abuser de la liberté.
La liberté qu’on d’autres à insulter mon Dieu, m’insulte au plus profond de mon âme !