Rappelez vous la première de votre classe de troisième. Celle qui n’avait toujours pas quitté ses robes à smoke, qui disait qu’elle avait raté quand elle avait 15/20 et qui en plus mettait à l’amende tous ses petits camarades au cours de piano.
Maintenant imaginez qu’un midi, elle vous invite à déjeuner, que vous débarquiez dans sa chambre, et que là, vous découvriez que ses murs sont tapissés de posters de Marilyn Manson et qu’un crucifix orne tranquillement sa tête de lit.
Et bien, résumé très grossièrement, c’est un peu ça le choc de This Is How You Will Disappear, la nouvelle création de Gisèle Vienne présentée au festival d’Avignon cette année.
Dans une forêt visiblement reconstituée à partir de vrais arbres, Gisèle Vienne fait se rencontrer -en musique plus qu’en paroles- une gymnaste en quête du salto parfait, son [...]
Gisèle Vienne – This is What I Understood
par Claire H le 15. juil, 2010 dans Critiques
Les témoins ordinaires de Rachid Ouramdane
par Claire H le 29. juil, 2009 dans Critiques
Il y a deux types de « longs » spectacles.
Il y a ceux qui durent longtemps, 2, 3 ou 4 heures, et avec option roupillon, 6, 8 ou 12 heures.
Et puis il y a ceux que l’on dit « longs » parce que, quelle que soit leur durée, ils se savourent sur la longueur, ne prennent leur sens et leur ampleur que lorsque on les laisse, justement, prendre leur temps.
Le spectacle de Rachid Ouramdane, Des témoins ordinaires, appartient clairement à cette deuxième catégorie.
Au début, je dois bien l’avouer, j’ai eu peur. Sur scène, pendant que résonnent dans une demi-obscurité les témoignages de plusieurs victimes de génocides, 5 danseurs marchent inlassablement sur le plateau. Dans un sens [...]
Un Suisse qui fait des blagues, l’autre qui fait des enquêtes
par Claire H le 24. juil, 2009 dans Critiques
Cette année au festival d’Avignon, avec le nom de Wajdi Mouawad sur toutes les lèvres et des bans de quebequois à tous les coins de rue, on peut dire que c’est « l’année du Canada ».
Moi, par souci d’équité et en souvenir de mes premiers émois (pour savoir comment j’ai bien pu tomber amoureuse d’un suisse, il faudra cliquer par là >>), j’ai décidé de rendre mon petit hommage à la Suisse, toute seule, dans mon coin.
J’ai donc organisé ma « journée suisse » : un Suisse le matin, un Suisse le soir.
Un Suisse du Off, un Suisse du In.
Un Suisse qui fait des blagues, l’autre qui fait des enquêtes.
Le Suisse qui fait des blagues, c’est Pierric, qui joue au Théâtre La Luna, tous les jours à 12h15. C’est un suisse qui fait des blagues sans tout miser sur son accent. Au contraire même[...]
Le homard m’a tuer
par Claire H le 22. juil, 2009 dans Critiques
Jan Lauwers est un garçon qui m’est très sympathique.
D’abord parce qu’il a le don des noms qui vous donnent envie d’aller voir un spectacle sans même savoir de quoi il s’agit. Pour n’en citer que quelques uns, Morning Song, Sad Face/Happy Face pour sa trilogie, Le bazar du homard pour l’une des pièces de la trilogie.
Et puis il y a le nom de sa compagnie aussi, la Need Company. Comme « I need company », comme un besoin d’être ensemble, de créer ensemble, de vivre ensemble. Ce qu’il fait d’ailleurs avec les danseurs-performeurs polyvalents et polyglottes qui composent sa troupe.
Ensuite parce qu’au début de ses spectacles, en tous cas de ceux qui composent la trilogie présentée [...]
Ciels, mon Wajdi!
par Claire H le 20. juil, 2009 dans Critiques
Littoral, Incendies, Forêts… Au fil des pièces et à force de les côtoyer, on commençait presque à se sentir à l’aise avec les interrogations et les obsessions de Wajdi Mouawad. « Chez Wajdi », c’était un peu devenu comme chez nous, et à chaque création on effectuait avec plaisir notre petit voyage cathartique à ses côtés. Comme une pilule à prendre une fois par an pour pleurer un bon coup et se réconcilier avec soi-même.
L’exil, le besoin de comprendre ses origines et son passé, le difficile adieu à l’enfance et la construction d’une identité propre… des thèmes qui reviennent inlassablement dans son théâtre, qu’il tricote et entremêle à volonté, saisissant ses personnages à des moments de vie différents pour faire d’une quête initiale une histoire toujours renouvelée. Et nous, mystérieusement et à chaque fois, on accroche, on pleure, on souffre et on cicatrise avec lui.
Alors, justement, qu’on commençait à s’habituer à cette petite gymnastique, à s’exposer tout en prenant de moins en moins de risques, voilà que le Wajdi décide de changer de recette pour nous bousculer un peu.
Au début il y va doucement. Avec Seuls, il joue sur la forme. Ce ne sera pas une saga épique bourrée de personnages et de sauts dans le temps comme à son habitude ; ce sera lui, seul sur scène, contant un chemin qui ressemble de très près au sien. Pour lui c’est un changement radical[...]
Le livre d’or de Jan, ou comment, dans une même soirée, tomber amoureuse, voir des messieurs tout nus et vouloir adopter un lapin
par Claire H le 17. juil, 2009 dans Critiques
Beaucoup d’informations nous parviennent dans les dix premières minutes de la pièce présentée par Hubert Colas : Jan a disparu, le spectacle qui s’en suit sera jeune et branchouille, et je tomberai amoureuse.
Tomber amoureuse, ça c’est tout de suite, dès que les lumières s’allument. Sur scène un jeune homme un peu grand, un peu déguingandé, un peu les cheveux en vrac, et un peu british (en apparence du moins). Il s’appelle Mathieu Poulain, il a une guitare, ça y est il chante, ça y est j’ai le sourire benêt de la fille amoureuse.
Branchouille, ça, ça vient assez rapidement aussi. Un grand plateau blanc, relativement vide, coupé en deux par un panneau géant en plexi qui servira entre autres aux projections vidéos, et quelques micros disséminés ici et là. Petit à petit les acteurs -une dizaine – entrent sur le plateau, un par un, pour se tenir face à nous, frontalement. Avec cette entrée en matière et le mélange annoncé des genres – théâtre, musique, vidéo- j’ai une légère impression de déjà vu… mais pour l’instant je n’ai rien contre.
On en vient ensuite au cœur du sujet, la disparition de Jan. Jan a disparu et ses amis sont rassemblés pour parler de lui. Par leurs mots justement, leurs anecdotes dérisoires ou leurs confessions intimes, ils dressent par petites touches un portrait du disparu, portrait en creux qui donne corps à une absence. Les témoignages décousus- tantôt drôles, graves ou absurdes- livrés par bribes, dessinent ou re-dessinent à leur façon, un Jan qui n’existe plus que par son rapport aux autres, qui n’est encore là que parce que d’autres veulent bien lui donner vie par leur parole.
Au fil des interventions des uns et des autres, on découvre un Jan artiste et dandy, évanescent, extravagant, aimant les hommes, les femmes et aspirant ceux qui s’approchent trop près dans son tourbillon de vie.
Et c’est là, qu’interviennent les lapins et les messieurs tout nus.
Parce que forcément, le Jano, avec cette vie de patachon[...]
Merci pour la thérapie, docteur Wajdi
par Claire H le 13. juil, 2009 dans Critiques
Littoral, Incendies, Forêts, j’ai vu 3 pièces, pendant 12 heures, et pourtant je n’ai envie de parler d’aucune. Enfin d’aucune précisément.
Et si j’essaie, de les raconter chacune, de démêler les histoires, de tirer de ce gros imbroglio un personnage, une anecdote, une scène à vous raconter, il y a tout qui suit, tout le reste, accroché derrière, comme un lourd fardeau suspendu à un fil invisible.
Un fardeau plus ou moins visible justement, c’est ce qui relie si intimement les personnages de Wajdi Mouawad entre eux, qu’ils peuplent les histoires de Littoral, d’Incendies ou de Forêts, qu’ils aient 16, 25 ou 50 ans, qu’ils évoluent au Canada ou au Liban.
Il y a Wilfrid, dans Littoral, jeune homme en apparence insouciant, dont la vie bascule le jour où son père meurt et qu’il part l’enterrer sur sa terre natale.
Il y a aussi la Nawal d’Incendies[...]
Seuls – ou comment j’ai compté les étoiles avec Wajdi
Purgatorio – Roméo m’a fait le coup de la fenêtre
par Claire H le 19. juil, 2008 dans Critiques
D’abord j’ai détesté. Détesté que cet homme, Castellucci, m’impose des symboles récurrents auxquels je ne comprends rien, qu’il m’assène 30 premières minutes d’une lenteur et d’une distance glaciales (et si j’avais été fatiguée ce soir-là j’aurais même dit « carrément soporifiques »), pour mieux me balancer en pleine figure 10 minutes d’un viol incestueux entre [...]
A Love Supreme
par Claire H le 18. juil, 2008 dans Critiques
Le Tarmac de la Villette prend ses quartiers d’été à Avignon avec A Love Supreme, spectacle musical en hommage John Coltrane. Un hommage entre anecdotes de vie et intermèdes musicaux, qui cherche à nous faire toucher du doigt la quête d’absolu musical du jazzman. Ceux qui s’attendent à sortir de là incollables sur Coltrane seront [...]
About Claire Hazan
Comme le Patapon aime la Pataponie, Claire H aime la terre d’Avignon, son festival et sa faune, parfois sauvage, souvent bruyante mais toujours colorée. Elle en ramène pour Premiere.fr un carnet de voyage exotique et éclectique.
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