Archive | Critiques RSS feed for this section

Point de rupture, rupture de stock

Point de rupture, rupture de stock

23 juillet 2011, 16h53
Je viens de faire le tour des librairies d’Avignon.
Il n’y en a plus nulle part.
250 de vendus à la librairie officielle du In
50 à celle de la rue Carnot…
Et j’en passe.
Personnellement, je voulais déjà en acheter 3 exemplaires.
Un pour moi et…
Enfin bref.
Le texte de La Clôture de l’Amour, de Pascal Rambert, n’est plus disponible nulle part à Avignon.

 

Ça, c’est pour la rupture de stock.

 

 

Quelques jours plus tôt, 20h12
Je viens de sortir de la représentation de la Clôture de l’Amour, écrit et mis en scène par Pascal Rambert à la salle Benoît XII.
Je regarde les notes que j’ai prises pendant le spectacle. Rien. Ou plutôt, rien qui puisse s’apparenter de près ou de loin à un travail distancié et analytique de journaliste sérieux en plein exercice de ses fonctions.
Non, j’ai trois pages de notes et je me rends compte que j’ai tout bonnement et simplement recopié frénétiquement les phrases du texte au fil du spectacle.

 

Ça, c’est pour le point de rupture.

 

Ou le coup de poing, comme on voudra.

 

Celui qu’un spectacle, un texte, deux acteurs, vous assène en plein festival, vous laissant comme foudroyée au milieu de nulle part. Ou au milieu de vous-même, ce qui est parfois pire.

 

La séparation amoureuse, vue par Pascal Rambert, est un combat sec et aride. Il est mené – magnifiquement par le duo d’acteurs Audrey Bonnet et Stanislas Nordey- à coup de flèches invisibles, précises et meurtrières.
Deux monologues successifs, d’une heure chacun. Il la quitte, elle répond.
Ce ne sont que des mots, sur un plateau dénudé, entre deux acteurs qui ne s’approcheront, ne se toucheront même pas. Ne font en apparence que s’observer et s’écouter dans une diagonale qui s’inverse quand elle, au bout d’une heure, prendra la parole.
Ce ne sont que des mots mais ils contiennent tout. Ce qui est et ce qui a été. Et ce qui s’écrira après.
Beauté, grandeur et petitesse.
Espoir et lassitude.
Colère et résignation.
Dignité et abandon.
Attaque, défense, aveu d’impuissance.
Volonté de blesser puis ultime tentative de tendre la main.
Fusion, dé-fusion.
Vie, mort.

 

Ce ne sont que des mots mais ils dessinent devant nous, au feutre rouge sang, les cheminements de ces deux pensées qui attaquent et contre-attaquent.
Le combat des cerveaux.
Les frappes silencieuses mais dévastatrices.
Ils les dessinent et les dissèquent sous nos yeux, les balancent là sur la table, dans l’espace qui sépare les deux comédiens.
C’est précis, chirurgical.
A en avoir mal au crâne.
A en avoir mal au crâne.
On reste prostrés, fascinés par la joute de ces pensées qui gagnent du terrain, rebroussent chemin, portent un coup, en esquivent un autre.
Mais pendant qu’elles dansent ces pensées, les corps s’affaissent.
Et c’est ce qui est bouleversant dans le texte de Pascal Rambert et dans son appropriation, verbale et physique, par les deux comédiens Audrey Bonnet et Stanislas Nordey.
Arriver à exprimer au milieu de ces terres intellectuelles arides, de ce processus mental poussé à l’extrême et dénudé sous nos yeux, la douleur physique, l’indicible bourrasque émotionnelle intérieure.
Le corps qui se vide de ses forces pendant que les mots continuent de répliquer. Le puit de douleur sans fond qui se creuse en chacun pendant que l’espace se rempli de leur parole précise et construite.

 

Et le spectacle de provoquer en nous exactement ce qu’il s’applique à ne pas être : un déluge incontrôlé d’émotions. Voire un déchirant pathos ou un torrent de larmes pour les cas les plus désespérés.

 

Et puis il y a ces interludes. Un au milieu, et un autre à la fin du spectacle. Des enfants qui surgissent de nulle part, ramenant au milieu de ce duel une touche d’humour, de légèreté. Rappelant que la vie continue.
Rappelant que ces mots, si forts et si singuliers, sont, ont pu, être ceux de tous.

 

De tous ceux qui se sont rués en librairie peut-être…

 

Et puis rupture de stock. Point de rupture.

 

La boucle est bouclée, je reprendrai le train pour Paris ce soir .

Lire la suiteCommentaires { 2 }

La prise d’otage de Roméo Castellucci

La prise d’otage de Roméo Castellucci

Prendre des notes pendant un spectacle en tentant de se tenir un mouchoir sur le nez, ce n’est pas chose aisée. C’est pourtant ce que tentait de faire ma voisine pendant la représentation de Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Roméo Castellucci.
Moi, très discrètement, j’étais plutôt en train d’essayer de m’enfoncer mon Labello parfum cerise-grenade dans les narines.

Sur scène, un père, âgé et incontinent, et son fils, jeune cadre dynamique, déployant des trésors de patience pour s’occuper de lui. Et quand on connaît le bonhomme Castellucci, on se doute bien que pour représenter l’incontinence il ne va pas lui suffire de répandre un quelconque liquide marron dans un décor blanc immaculé. Non il lui faut aussi ajouter l’odeur, diffusée dans toute la salle au point que certains des spectateurs la quittent dès les dix premières minutes.
On ne s’étendra pas d’avantage sur le sujet, la scène se répète, avec la lenteur et la lourdeur du temps réel : le père défèque jusqu’à se vider complètement, et le fils lui essuie patiemment les fesses avec douceur, colère puis résignation.
En toile de fond de ce début ultra-réaliste, le visage de Jésus observe la scène, immense et impassible, tiré d’une toile peinte par Antonello de Messine au XVe siècle.

Il y a du théâtre provoc’ qui laisse le choix. On peut adhérer, ne pas adhérer, prendre de la distance pendant la représentation, se dire « c’est vraiment n’importe quoi », « ce n’est pas mon truc, vivement que ça se termine » ou même « quel foutage de gueule ».

Les spectacles de Roméo Castellucci, eux, me font toujours le même effet. Celui d’une prise d’otage.
Difficile de ne pas être révolté par la provocation évidente, de ne pas avoir envie un instant de se lever et de partir bruyamment. Ce fut le cas cette fois-ci, et ce le fut pour Purgatorio, qui nous imposait les bruits étouffés et interminables d’une scène d’inceste entre un père et son fils.
Et pourtant à chaque fois, impossible de créer la distance nécessaire à cette prise de décision soudaine, à cette révolte. Impossible de s’écarter de ce qui nous est montré.
En dilatant le temps, en collant au plus près du réel ( au départ du moins), Castellucci nous maintient littéralement le nez dans la merde, jusqu’a ce qu’on ait plus le choix que de la regarder en face.

L’étape d’après – comme s’il avait fallu rester pour la mériter- voit en général le réel se transfigurer, tant du point de vue de l’esthétique que du sens, et nous emmener vers un ailleurs théâtral plus réjouissant.

Dans Sur le concept du visage du fils de Dieu, après la première demie-heure, tout s’accélère. Un peu trop d’ailleurs pour qu’on ait le temps de vraiment profiter de la puissance symbolique et visuelle de l’ensemble. Le spectacle ne dure au final qu’une heure.
Un groupe d’une dizaine d’enfants débarque sur scène avec des sacs à dos qu’ils semblent traîner comme un fardeau sur leurs épaules. Le fardeau qui sera le leur une fois devenu adultes?
Ils en sortent des grenades qu’ils dégoupillent et jettent avec fracas au visage du fils de Dieu.
Accusation? Supplication? Prière fervente? Révolte? Incompréhension face à l’irrévocable issue de la vie?
Les questions sont posées, mais pas résolues.
Malgré les projectiles et la lente déchéance dont il est témoin depuis le début du spectacle, le visage du Christ demeure impassible.
Comment faire alors? Avec lui? Sans lui? Accepter, se révolter? Faire face, tourner le dos?
A-t-on vraiment le choix?
Les images que nous transmet Castellucci ne viennent pas tant interroger notre rapport à la foi- et c’est tant mieux- que la question du don de soi. Accompagner ceux que l’on aime, à qui l’on est lié malgré tout. Jusqu’au bout. Pour eux. Pour soi aussi. Comme seul palliatif à une solitude partagée mais inexorable.

Libre ensuite à chacun de lier ou non ces questions à celles de ses croyances religieuses.

Difficile par contre d’y échapper, tant Castellucci nous fout encore une fois ses questionnements dérangeants sous le nez, avec grâce et profondeur.

Une prise d’otage qu’on vous disait… mais avec un doux syndrome de Stockholm.
———————————————


>> Un petit rappel sur Purgatorio par ici<<

Lire la suiteCommentaires { 8 }

La tragédie Wajdi

La tragédie Wajdi

Hier soir, c’était Wajdi qui régalait. Près de six heures de représentation à la Carrière de Boulbon jusqu’à quatre heures du matin …
Rien d’inhabituel pour celui qui nous a habitués à des pièces-fleuves, sagas épiques aux vertus cathartiques, le plus souvent écrites et mises en scène par ses soins.
Sauf que pour un fois il ne nous invitait pas chez lui, dans son univers, mais chez un cousin proche, Sophocle. Se reposant sur les mots du tragédien grec pour se concentrer sur son rôle de metteur en scène, il présentait trois de ses pièces autour de la thématique des femmes : Les Trachiniennes, Antigone et Electre.

Dans Littoral, Incendies ou Forêts, ses pièces précédentes, on se laissait embarquer sur les terres mystérieuses du Moyen-Orient, on traversait des guerres lointaines et inconnues… Et malgré tout on se sentait toujours chez lui « comme à la maison », tant son théâtre sait faire dialoguer intrigues lointaines et questionnements intimes.
En terre grecque, Wajdi Mouawad nous aura, cette fois-ci, laissés totalement étrangers.

Et pourtant, c’est peu dire qu’il aurait été parfait guide en ce territoire, tant ses propres pièces s’amusent à tisser et délier les mêmes fils que celles des tragédies antiques.
Personnages aveuglés sur leur passé ou leur avenir (les deux étant généralement liés), histoires générationnelles qui s’entremêlent, dénouements sous forme de révélation sur soi-même… autant de gênes communs entre la dramaturgie de l’auteur quebeco-libanais et celle de Sophocle.
Il ne semblait donc n’y avoir qu’un pas à franchir pour que l’alchimie magique se (re)produise.

Mais dans la mise en scène de la trilogie Des Femmes, les symboles sont trop lourds pour se fondre dans la langue déjà travaillée, ancienne, distante de Sophocle.
L’eau par exemple présente dans toutes les scènes clés est un fil rouge trop évident, omniprésent jusqu’à en perdre toute subtilité.
Les comédiens, qui butent sur certains mots, semblent lutter pour s’approprier ce texte d’une autre époque. C’est pourtant là ce qu’on avait toujours apprécié chez Wajdi Mouawad, l’auteur/metteur-en scène : savoir faire vivre sur scène, de façon très contemporaine et quasi quotidienne, une langue riche, travaillée, sans se laisser plomber par son poids et son emphase.
Enfin il y a le chœur, le rock, Cantat pour ne pas le nommer. Sa voix, enregistrée, semble malgré tout tellement vivante qu’on le cherche des yeux, l’imaginant caché quelque part derrière un décor. C’est elle, rauque, écorchée, qui donne au spectacle ses quelques moments de grâce. Et balaye d’un coup d’un seul toutes les polémiques -le temps de la représentation du moins- tant le choix parait évident, essentiel.

2h du matin. Antigone se termine. Reste Electre… et une navette pour rentrer avant la fin.
Puis bientôt, un jour, Des Héros et Des Mourants les 4 autres pièces de Sophocle que Wajdi Mouawad compte monter d’ici 2015.
Pas mal de temps donc, et d’occasions, pour faire sienne cette maison et l’espoir de se laisser séduire par la prochaine invitation.

 

photo Jean-louis Fernandez

Lire la suiteCommentaire { 1 }

Et Cesena m’échappa…

Et Cesena m’échappa…

-Ils vont éteindre les lumières quand ça va commencer non?

-Ben non, ça c’est la lune.


A Avignon, quand on se lève en plein milieu de la nuit pour se rendre à un spectacle à 4h30 du matin dans la cour d’honneur du Palais des Papes, on sait d’office que l’on va assister à un moment magique. Dans tous les sens du terme.
Convivialité improvisée entre spectateurs ensommeillés, odeurs de café chaud et partage de couvertures dans les gradins, sentiment vivifiant d’être seul éveillé dans une ville endormie, puissance et mystère décuplés de la cour d’honneur, de son ciel ouvert, de ses murs aussi imposants que son histoire…
Le spectacle à venir, quel qu’il soit, s’en trouve presque naturellement magnifié.

Et avouons-le, Cesena, la nouvelle création que la chorégraphe flamande Anne Teresa de Keersmaeker s’apprête à nous offrir à la lumière du jour naissant, n’a pas encore commencé que c’est déjà presque gagné.
Dans l’obscurité totale, un homme que l’on devine nu, entame un chant antique, comme une longue complainte. Petit à petit les corps entrent en scène et les voix se lèvent. 13 danseurs et 6 chanteurs, dont on distingue à peine les gestes mais qu’on devine secs, rugueux, bruts, tranchés et sans équivoques.
Ces mouvements, on les voit à peine donc, mais on les entend. Le silence, l’obscurité en décuplent la perception. Au sol, un grand cercle tracé de sable. Les danseurs tournent autour, le traversent et le léger crissement de leurs pieds sur les grains de sable vient donner corps à cette chorégraphie de l’invisible.
On se rattache à l’infime, au minuscule -une silhouette, un bruit, un frottement de corps, la lumière naissante sur un visage- pour saisir, sentir ce qui se passe sur scène. Et les chants du XIVeme siècle, entamés en chœur par le groupe de chanteurs/danseurs, accompagnent sans relâche ce ballet de l’obscurité, l’enrobe, le porte jusqu’à nous signifier qu’il s’écrit sur scène quelque chose de collectif.

Aux premières lueurs du jour, on est là, guettant avec impatience la suite, avec nos perceptions aiguisées et ce sentiment magique qu’on nous entraîne délicatement sur le chemin de l’infime pour nous ouvrir, bientôt, les portes de quelque chose de plus vaste.

Mais comme si elle voulait se jouer de cette magie gagnée d’avance, de cette attente fébrile nourrie dans la première heure d’obscurité, c’est le contre-pied qu’Anne Teresa de Keersmaeker choisit d’emprunter au moment justement où les portes s’ouvrent, où le jour se lève.
Dans l’imposante cour d’honneur, la lumière crue du matin nous plante de manière assez soudaine et frontale face au dénuement du plateau – le cercle de sable tracé au centre- et des costumes -les danseurs sont quasi uniformément vêtus de noirs. La suggestion, la sensation et le sentiment grisant de découverte imminente qui les accompagne, laissent place au mouvement, froid, tranché, frontal, incontestable. Seul reste un ressenti fort et indicible de fusion totale du groupe présent sur scène, où danseurs et chanteurs se mélangent indistinctement sans que l’on arrive à savoir exactement d’où proviennent les voix et les mouvements. Le reste, sans qu’on s’en aperçoive, nous a filé d’un coup et d’un seul entre les doigts.

Le spectacle se termine à 6h30, mais en réalité il prend fin au moment on l’on saisit que Cesena aura été ce moment filant. Un moment magique peut-être, mais dont le but même était de se dérober avant même qu’on ne pense à le retenir.

Lire la suiteCommentaires { 2 }

Pierre Rigal au Micro. That’s Rock’n'Roll baby!

micro – Pierre Rigal

J’aime beaucoup mais alors vraiment BEAUCOUP les nouveaux amis de Pierre Rigal.

Il faut avouer que j’avais déjà pas mal d’atomes crochus avec sa famille… Oui, celle qu’il forme avec Aurélien Bory, metteur en scène et chorégraphe comme lui, circassien aussi, qui l’a jusqu’ici accompagné dans beaucoup de ses aventures théâtrales. Leur gène commun ? Celui des formes théâtrales authentiquement originales, le gène des petits ovnis théâtraux, ceux qui savent se présenter à vous pleins d’inventivité (et souvent d’humour) tout en vous donnant le sentiment d’une grande simplicité.

Pour Micro, la petite perle qu’on nous avait réservée pour les derniers jours du festival d’Avignon, l’ancien athlète reconverti en danseur s’est donc entiché de nouveaux camarades de jeu.
Et figurez-vous que ce sont des rockeurs.
Des vrais même, ceux du groupe Moon Pallas.
Et qu’avec eux, il s’apprête à donner un concert inoubliable – qui forcément marchera sur la tête- et s’amusera à déconstruire pour mieux les ressusciter les codes de la rock attitude.

Sur le plateau, le concert se construit progressivement. Amplis, micros, câbles, batteries, guitares, synthés… Puis guitariste, batteur, clavier et chanteuse. Le tout, servi bien sûr en pantalons de cuir et vestes à paillettes[...]

Lire la suiteCommentaires { 0 }

Shhh – Silence au festival d’Avignon

shhh.jpg

Shhh me fait-on savoir est la pièce où « tout est interdit et ce qui n’est pas interdit est obligatoire »

Alors Shhh… on ne dira pas qu’on a aimé se faire verbaliser dans la rue pour « port de sandales en plein festival » et « robe trop chic » par la compagnie en plein tractage.

On ne dira pas non plus que cette bande de joyeux furieux fait preuve de tout autant d’humour (et de perspicacité) dans la pièce qu’elle joue tous les soirs à 22h34 au Théâtre des Béliers.

On tâchera de ne pas révéler qu’à la sortie du spectacle, on a scruté les discussions de ses voisins pour les entendre évoquer pêle-mêle -et le sourire aux lèvres- 1984 de George Orwell, Bienvenue à Gattaca sans Ethan Hawke et les Monthy Python.

Shhh… on se gardera bien de parler du monde qu’ils décrivent, lointain mais pas tant que ça, où les relations se tissent obligatoirement au sein d’une même classe sociale, où il faut demander l’autorisation à un agent de l’état pour déclencher une crise conjugale, et où l’on ne peut même plus insulter la machine à café sans se prendre une amende.

Et on n’avouera surtout pas que, nous aussi, on flippe de devoir un jour remplir un formulaire administratif pour entamer toute action de drague.

Shhh… on fera semblant de ne pas avoir croisé les doigts pour gagner – tout pris qu’on était dans le spectacle- la pauv’ brique de lait et la place pour le Dindon offertes au premier kéké qui levait la main.

On passera sous silence le talent des 6 comédiens qui virevoltent d’un rôle à l’autre, en mariant rythme effréné et précision sans faille, le tout au service d’une mise en scène pleine de trouvailles, d’inventivité et d’allées-venues savamment chorégraphiés.

Et puis surtout on n’ira pas raconter que ça fait du bien de se laisser entraîner par leur plaisir communicatif à jouer, leur enthousiasme et leur vent d’idées farfelues, dans l’un des recoins les plus frais d’Avignon.

Mais Shhh… nous on dit ça, on dit rien…

Lire la suiteCommentaire { 1 }

Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Je l’avoue, cet après-midi, je m’apprêtais à aller faire les soldes, histoire de voir s’il y a encore des choses à sauver dans ce monde qui – vu des gradins d’Avignon- va si mal.

Oui, je m’apprêtais à aller faire les soldes, mais j’ai dû rentrer absolument ici pour vous parler de Philippe Quesne, du riz au lait et des images.

Philippe Quesne donc, dont j’ai vu la dernière création Big Bang hier soir.
Ses spectacles sont comme des morceaux de Barbapapa. Sucrés, parfois roses et enfantins, ils vous fondent dans la bouche en moins de deux.

Rien ne reste… ou presque. Et c’est là la magie du bonhomme. Faire poindre derrière la légèreté absolue et le dérisoire, une douce mélancolie, une impression indéfinissable qu’il est en train de se dire quelque chose qui nous concerne.

Dans Big Bang, on retrouve une joyeuse bande -celle du Vivarium Studio qui est de toutes ses aventures théâtrales- que l’on voit cette fois-ci tenter de mettre en scène les origines du monde. Mais leur but n’est jamais explicité clairement, et c’est de là que provient tout le trouble qui ouvre la porte au style Philippe Quesne.

Les personnages vont et viennent, avec la concentration, l’application et le souci du détail de ceux qui ont une mission importante. L’accent est mis sur la lenteur, l’action qui est en train de se faire, et qui forcément tourne à l’absurde puisqu’on n’en connaît ni les tenants ni les aboutissants.

Ce qui prend le pas sur la compréhension, c’est alors la poésie visuelle des scènes, composées par Philippe Quesne – plasticien de formation – comme des tableaux qui s’élaborent touche par touche. Et un sentiment d’être unis dans l’absurde, joyeusement, gaiement, comme une bande de grands enfants un peu dépassés par ce qu’ils font, mais qui aiment y travailler ensemble.

Plus radicalement que dans La Mélancolie des Dragons (son dernier spectacle), Big Bang franchit sans frapper l’antichambre où siègent nos neurones, pour s’adresser directement à cette partie sensible, cachée et silencieuse de nous même.

Sans s’embarrasser de fil narratif, de dialogues cohérents ou de personnages définis, sans formule de politesse ou panneau d’avertissement, seulement avec des images.

Et le problème avec les images, c’est que ça passe ou ça casse. Et c’est indiscutable.

Je ne voudrais pas avoir l’air de me défiler comme une vieille chaussette, mais rien ne sert de tenter de comprendre, d’expliquer, d’analyser, de convaincre, ce n’est pas par là que ça passe.

Et disons –le franchement, ceux pour qui ça ne passe pas auront la désagréable impression d’avoir payé 27 euros pour voir des bonhommes verts sur fond vert trimer pour empiler des canots pneumatiques de tailles variables.

Je me sens un peu coupable de ne pas pouvoir vous aiguiller plus que ça… Alors ce que je vais faire, c’est vous proposer aussi une autre alternative.

Le subjuguant Riz au Lait, qui se joue dans le off à la Condition des Soies à 13h40.
Et quelque part les cousins taïwanais de Philippe Quesne.

Au moins pour ce qui est du goût pour les images et pour un certain bonheur à cultiver le temps suspendu.

Mis en scène par un américain, Craig Quintero, et interprété par les artistes taïwanais du Riverbed Theatre, Riz au lait ne vous racontera pas d’histoires.

Non, Riz au lait se laissera déguster depuis les nimbes mous et ouatés où il vous aura plongé, en prenant son temps, et toujours avec délicatesse.

Là aussi les scènes sont construites comme des tableaux.

Lentement, très lentement, les interprètes viennent prendre position dans la scène qui se dessine devant nos yeux.

Dans le silence le plus absolu et avec quelque chose d’une pudeur et d’une retenue rassurantes.

Et pourtant, les images qu’ils composent relèvent d’une poésie aussi délicate que cruelle, aussi gracieuse que sombre.

La souffrance, l’amour, l’innocence… les tableaux successifs de Riz au lait charrient les sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus beau et de plus noir.

Sans lien apparent, ils s’enchaînent d’ailleurs en douceur, sans interruption, comme un fil qu’on déroule. On se régale et on s’émerveille de leur beauté étrange, en se laissant aller à ne pas se poser la question du sens, en se laissant porter.

Et en souriant quand les images se font littérales comme cette jeune fille qui, dans un verre à vin, « boit les larmes » d’une autre.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Merci -que la rencontre se fasse ou pas- de nous offrir au moins la possibilité de prendre une autre porte. Celle de nous laisser porter sans avoir à user de ces neurones qui prennent tant de fois le pas sur tout.

Merci d’avoir confiance en cette petite part cachée de nous-même qui peut vibrer sans qu’on lui dise un mot.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Car il faut une vraie vision pour réussir à guider toute une troupe – pêle mêle les acteurs et nous les spectateurs- dans une direction qui s’amuse à prendre des airs de ne pas en être une.

Oula, je me relis, désolée… euh… c’est un peu grandiloquent ces mercis, non ?

Et ben tiens pour la peine, je m’en vais de ce pas me livrer à une autre activité, avortée ce matin, et qui elle non plus ne fera pas trop appel à mes neurones…

Lire la suiteCommentaire { 1 }

Trust – Falk Richter danse pour la deuxième fois et Superman meurt encore une fois

Trust

C’est sûr, on ne connaissait pas l’auteur Falk Richter pour son optimisme débridé sur notre société.

Pour s’être pris en pleine figure Das System mis en scène par Stanislas Nordey ici même à Avignon il y a deux ans et un Electronic City mis en scène par Cyril Teste un peu plus tard, on sait déjà que ça fait un bail que l’auteur allemand a balancé ses bisounours par la fenêtre… et ses illusions avec.
Pour rappel des thèmes passés à l’implacable moulinette Richter : emprise du virtuel et des nouvelles technologies, hégémonie de la sphère économique, manipulation médiatique et politique… Avec à chaque fois une application toute particulière à décortiquer comment ces travers modernes écrasent les hommes et pervertissent les relations humaines.

Oui, on nous avait prévenus, Falk Richter n’est pas un optimiste. Et s’il m’a enchantée avec Trust, je crois aussi qu’il est définitivement venu à bout de mes derniers espoirs.

Deuxième spectacle conçu en collaboration avec la chorégraphe néerlandaise Anouk van Dijck (après Nothing Hurts), Trust réussit le formidable exploit de taper en plein dans le mille d’une cible qu’on croyait invisible.
Mettre le doigt sur ce qui fait que rien ne va jamais, sans qu’on sache vraiment ce qui ne va pas et surtout, sans qu’on ait mal au point de changer quoi que ce soit.

1h45 de spectacle pour cristalliser le mal impalpable de notre société moderne et mettre des images sur cet état latent dans lequel notre monde nous a précipités. Cet état qui nous épuise et contamine toutes les sphères de notre vie au point de ne plus savoir par quel bout prendre le problème.
Et vlan, nos vies toutes tracées et planifiées.
Et vlan, l’impossible équilibre des relations humaines.
Et vlan le système économique qui s’écroule en temps de crise, et nos derniers refuges avec. (l’argent, l’immobilier, beaucoup plus sûrs que les humains)

Sur le plateau, on se centre sur les rapports humains, base sapée d’un monde en déconfiture.
Aux mots de Richter mots qui cherchent à dire l’impossible confiance, l’inatteignable équilibre entre deux êtres et le gouffre sans fin dans lequel on s’engage quand on persiste à vouloir l’atteindre, répondent les corps merveilleusement chorégraphiés par Anouk van Dijk.
Beaucoup de duos, de corps à corps qui toujours s’attirent se repoussent, se contraignent l’un l’autre et surtout s’échappent, se fuient, se glissent entre les mains, tentent de se rattraper sans jamais vraiment se saisir l’un de l’autre définitivement.
Avec l’autre c’est trop complexe pour être supportable, sans l’autre ça n’a pas de sens. Et de sombrer dans un tourbillon émotionnel sans porte de sortie, un vertige existentiel qui ne trouve de solution ni dans la fuite ni dans le rapprochement.
Une scène de ménage qui tourne en rond d’un côté, deux corps qui se cherchent de l’autre, une voix au micro, parfois une chanson. La richesse des actions simultanées sur scène, et l’absence d’intrigue centrale et de personnages à part entière, vient précipiter le sentiment de confusion irrémédiable.

Bon évidemment maintenant que le décor est planté, si je vous dis qu’on y rigole beaucoup, vous n’allez pas me croire.

Face au bazar humain, Richter, toujours, œuvre avec un cynisme féroce mais comique, que les danseurs-comédiens de Trust – dont on salue sans exception la performance- s’approprient avec une visible jubilation.
Comme cette scène qui voit un coach tenter d’arracher un aboiement agressif à une rangée de personnes apeurées, incapables d’articuler autre chose qu’un « miaou » timide.
Incapables de résister, de taper du poing sur la table et de changer le monde qui leur échappe de toutes parts.
« Je voulais changer le monde et je t’ai rencontrée. »
« Je voulais changer le monde et maintenant je veux juste m’y fondre. »
« Je ne peux jamais partir, je ne peux que m’effondrer. »
« Je ne sais pas où aller pour sortir d’ici.  »

Le constat est sombre et irrémédiable. Le monde va mal, nous aussi, rien ne sert de changer c’est encore plus compliqué. Et d’ailleurs rien que d’y penser, on est déjà à bout de forces.

Il y a des spectacles qui nous parlent d’un monde qui va mal mais qui, d’une façon ou d’une autre, nous laissent un petit cadeau de fin : une petite larme, un sentiment d’être vivant et une soudaine envie de se prendre pour Superman et de changer le monde. Ok, ça dure deux ou trois heures pas plus, mais avouons-le c’est un plaisir expiatoire qui fait du bien.

Chez l’aride Falk Richter, pas de plans sur la comète ou de douces illusions, il ne nous laissera pas savourer ce petit plaisir culcul. Aucune pâquerette ne repousse après la tempête.

Il y a donc un point qui reste un mystère pour moi et ma boîte de Lexomil.
Par quel biais ce type de spectacle – fabuleuse réussite théâtrale au demeurant- peut-il nous amener à plus qu’un constat désespéré ? Et d’ailleurs est-ce l’un de ses buts? Parce qu’après tout, me direz-vous, mettre des mots et des images sur ce qui ne va pas, c’est déjà pas mal…

Lire la suiteCommentaires { 2 }

Un nid pour quoi faire. Bah oui tiens, pour quoi faire ?

unnid1-1

On se pose souvent tout un tas de questions bêtes.

Est-ce que tu préfères mourir de froid ou de chaud ?
Est-ce que tu préfères gagner 10 000 euros tout de suite ou 100 000 dans dix ans ?
Est-ce que tu préfères ton père ou ta mère ?

Bon bah moi, en sortant d’Un nid pour quoi faire, spectacle d’Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, j’ai désormais la réponse à l’une de ces questions essentielles.

Est-ce que tu préfères t’ennuyer en silence ou dans le brouhaha ?

Si certains se sont dits ennuyés par les silences de Christoph Marthaler et de son Papperlapapp d’ouverture, moi je peux dire que je le fus sérieusement par le trop-plein de mots d’Olivier Cadiot. Ou peut-être plutôt par sa mise en forme théâtrale.

Ça partait pourtant plutôt bien.

Une petite annonce incongrue, jolie promesse de départ. « Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller en image, chambre tout confort dans chalet atypique, artistes s’abstenir, envoyer prétentions. »

Et en première réponse une proposition esthétique tout aussi loufoque, qui voit débarquer dans un chalet les membres de ladite cour, dans des tenues qui font référence pêle-mêle à la combi de ski de mon oncle Albert dans les années 70, à la robe de chambre de Marie-Antoinette et à ma dernière acquisition chez H&M, le leggings rose fluo tendance 80’s.

On se retrouve donc face une parfaite bande de freaks, petite communauté refermée sur elle-même et entièrement dédiée à satisfaire les moindres caprices de son roi tyrannique et désabusé. Dans un espace fermé –un chalet et la neige omniprésente autour grâce aux projections vidéos- chacun s’affaire à des choses absurdes, s’inquiète des mauvais problèmes et fait monter la mayonnaise sur de sujets qui n’en sont pas.

Et pourtant on sent que tout ça se tient et suit – dans leur univers – une logique indéniable, un fil rouge qui leur est propre et nous échappe. Un cercle clos à la Truman show où tout est vrai dans un monde faux, cohérent dans un monde incohérent.

Et c’est là la principale réussite de cette mise en scène, qui arrive à préserver du trop-concret, l’impalpable l’étrangeté qui règne dans le texte d’Olivier Cadiot. Cette bizarrerie indéfinissable que l’on sent monter à la lecture ou à l’écoute du texte, et qui a la particularité de ne pas trouver pas son origine dans les ressorts habituels : pas de mots ou de phrases complexes, pas d’associations farfelues de mots ou d’idées, pas d’actions trop directement absurdes.

Revenons-en au roi, car après tout c’est le roi.

Déchu, fatigué, exilé, il est comme « un petit soleil qui brille pour trois pelés », ayant conservé les habitudes capricieuses et le faste des grands jours quand sa gloire est derrière lui.

Son analyse de la situation ? C’est évident, il souffre d’un déficit d’image, et pour y remédier il lorgne du côté des techniques marketing et consomme des conseillers (en poésie, en diététique etc.) comme des cachets de Lexomil.

Le dernier en date c’est justement Robinson – personnage récurrent des histoires d’Olivier Cadiot – jeune homme introverti en quête de sa place au chaud dans ce monde, arrivé au royaume presque par hasard.

Sous la loufoquerie, la satire politique commence à pointer, évidemment.

Le pouvoir qui flirte d’un peu trop près avec la communication, le rafraîchissement de l’image qui passe avant le renouvellement des idées politiques, le besoin de s’ancrer dans le passé pour être légitime et dans la nouveauté pour conserver son attrait. Bref, tous les caprices et les aveuglements d’un pouvoir centré sur lui-même…

Tout ça se fait au départ avec beaucoup d’humour et d’apparente légèreté, de brainstorming insensés (et si on s’associait à une marque de gelée royale, et si on éditait des boîtes de chocolats à l’effigie des membres de la cour ?) en propositions politiques fortes (pourquoi pas des travailleurs transgéniques qui s’autodétruiraient à l’âge de la retraite ?).

Et c’est la que la machine royale s’emballe.

Le texte d’Olivier Cadiot, bavard et rapide par nature, continue d’accumuler les mots. Ils s’accumulent, s’enchaînent, digressent à loisir.

Au bout d’un moment la mise en scène qui trouvait là matière parfaite à développer subtilement ses personnages, son ambiance et sa satire, semble se laisser rattraper par le trop plein de mots justement.

Et de caser une blague par-ci, une farce par là et entre les deux une autre scène de crise de nerfs royale, comme s’il fallait bien faire quelque chose de tous ces mots.

Le tout devient bavard, très bavard et patine sur place sans qu’on sente le propos satirique qui sous-tend tout ça tenter de se développer plus loin.

Et nous, on finit par lâcher ce fil rouge étranger auquel on avait aimé chercher à s’accrocher au départ.

Au milieu de la poudreuse, il y a heureusement les acteurs, tous très bons, et qui grâce à leur rythme et leur dynamique permettent de rattraper un peu de la distance avec les mots. Laurent Poitrenaux tient à merveille son personnage de roi déchu, auquel il donne beaucoup plus de profondeur que celle d’un simple tyran capricieux, avec ce je-ne-sais quoi presque attachant d’un enfant dépassé par la situation.

Et puis il y a aussi les bulles introspectives de Robinson, matérialisées par de planantes vidéos de routes enneigées et par une « voix off » apaisante qui évolue sur la musique de Rodolphe Burger. Véritables respirations dans le spectacle, changements rythmiques et esthétiques réussis, elles viennent nourrir la pièce d’un peu de recul supplémentaire et salvateur.

Il faut le dire, je repars du Nid déçue.

Mais comme on n’est pas très branché monarchie absolue sur ce blog, je tiens à préciser que ce point de vue n’a aucune velléité despotique, et pourra facilement trouver son contrepoids dans d’autres royaumes, où les critiques sont visiblement très positives sur le sujet.

Ah oui, et au fait, je ne me suis pas du tout ennuyée pendant Papperlapapp !

Lire la suiteCommentaires { 0 }

Patapons et cucurbitacés

patrick robine ferme des concombres

C’est marrant que j’ai été voir le spectacle de Patrick Robine -mis en scène par Jean-Michel Ribes- pile AUJOURD’HUI.

Oui parce qu’aujourd’hui j’ai 30 ans.

J’ai 30 ans et je crois toujours au monde des Patapons. Ce qui, d’après certains de mes amis, pourrait vite devenir un problème. A partir d’un certain âge me dit-on, il faudrait penser à laisser tomber les pataponeries pour les choses sérieuses.

Et c’est là – aujourd’hui même alors que j’allais m’y résoudre (si maman c’est vrai !) que je tombe sur Patrick Robine et sa ferme des concombres.

Je tombe sur Patrick Robine et je me fais happer en moins de temps qu’il ne faut pour poser ses fesses sur un strapontin dans sa bulle imaginaire et improbable, son monde fou et généreux où tout est possible, où tout est normal.

Ça y est, j’ai 30 ans, et je veux manger de spaghettis cuites sous la cendre.

J’ai 30 ans et je veux fuir l’ordre, le taylorisme et les jardins à la française.

J’ai 30 ans et je veux vivre assez longtemps pour pouvoir observer la transhumance des étoiles de mer et voyager à dos de grand chameau d’Assynie de taille moyenne.

J’ai 30 ans… et je veux marcher le jour puisqu’on ne peut dormir la nuit.

En osant les associations les plus incongrues avec un naturel désarmant, et parce qu’il sait si bien donner des allures familières à son monde délirant, Patrick Robine nous fait franchir sans heurt les quelques pas qui nous séparent de sa ferme des concombres.

Abandonnés nos élans de rationalité, laissées de côté nos tentatives d’analyse… Après tout, pourquoi se méfierait-on puisqu’on est – nous fait-on croire- en terrain connu ?

Et c’est comme ça que l’on se retrouve l’air de rien suspendu aux lèvres d’un homme qui, tout naturellement, côtoie des cucurbitologues et préfère passer sa tête à travers l’œil de boeuf.

Souvent accompagnée des imitations les plus improbables (mention spéciale au waterbed) et des allitérations les moins attendues, la parole de Patrick Robine déploie son chic à créer dans nos têtes une foule d’images instantanées, et à réveiller, de façon assez jubilatoire, notre soif d’histoires et de mots.

Et puis c’est la fin du spectacle, les lumières se rallument. La bulle éclate, et moi, j’ai toujours 30 ans.

Mais quelque part, je crois que c’est moins grave qu’il y a 1h10.

Parce que maintenant je sais que dans cette ferme des concombres, il y doit bien y avoir un peu de place pour une bloggeuse de taille moyenne et trois patapons.

Lire la suiteCommentaires { 4 }