23 juillet 2011, 16h53
Je viens de faire le tour des librairies d’Avignon.
Il n’y en a plus nulle part.
250 de vendus à la librairie officielle du In
50 à celle de la rue Carnot…
Et j’en passe.
Personnellement, je voulais déjà en acheter 3 exemplaires.
Un pour moi et…
Enfin bref.
Le texte de La Clôture de l’Amour, de Pascal Rambert, n’est plus disponible nulle part à Avignon.
Ça, c’est pour la rupture de stock.
Quelques jours plus tôt, 20h12
Je viens de sortir de la représentation de la Clôture de l’Amour, écrit et mis en scène par Pascal Rambert à la salle Benoît XII.
Je regarde les notes que j’ai prises pendant le spectacle. Rien. Ou plutôt, rien qui puisse s’apparenter de près ou de loin à un travail distancié et analytique de journaliste sérieux en plein exercice de ses fonctions.
Non, j’ai trois pages de notes et je me rends compte que j’ai tout bonnement et simplement recopié frénétiquement les phrases du texte au fil du spectacle.
Ça, c’est pour le point de rupture.
Ou le coup de poing, comme on voudra.
Celui qu’un spectacle, un texte, deux acteurs, vous assène en plein festival, vous laissant comme foudroyée au milieu de nulle part. Ou au milieu de vous-même, ce qui est parfois pire.
La séparation amoureuse, vue par Pascal Rambert, est un combat sec et aride. Il est mené – magnifiquement par le duo d’acteurs Audrey Bonnet et Stanislas Nordey- à coup de flèches invisibles, précises et meurtrières.
Deux monologues successifs, d’une heure chacun. Il la quitte, elle répond.
Ce ne sont que des mots, sur un plateau dénudé, entre deux acteurs qui ne s’approcheront, ne se toucheront même pas. Ne font en apparence que s’observer et s’écouter dans une diagonale qui s’inverse quand elle, au bout d’une heure, prendra la parole.
Ce ne sont que des mots mais ils contiennent tout. Ce qui est et ce qui a été. Et ce qui s’écrira après.
Beauté, grandeur et petitesse.
Espoir et lassitude.
Colère et résignation.
Dignité et abandon.
Attaque, défense, aveu d’impuissance.
Volonté de blesser puis ultime tentative de tendre la main.
Fusion, dé-fusion.
Vie, mort.
Ce ne sont que des mots mais ils dessinent devant nous, au feutre rouge sang, les cheminements de ces deux pensées qui attaquent et contre-attaquent.
Le combat des cerveaux.
Les frappes silencieuses mais dévastatrices.
Ils les dessinent et les dissèquent sous nos yeux, les balancent là sur la table, dans l’espace qui sépare les deux comédiens.
C’est précis, chirurgical.
A en avoir mal au crâne.
A en avoir mal au crâne.
On reste prostrés, fascinés par la joute de ces pensées qui gagnent du terrain, rebroussent chemin, portent un coup, en esquivent un autre.
Mais pendant qu’elles dansent ces pensées, les corps s’affaissent.
Et c’est ce qui est bouleversant dans le texte de Pascal Rambert et dans son appropriation, verbale et physique, par les deux comédiens Audrey Bonnet et Stanislas Nordey.
Arriver à exprimer au milieu de ces terres intellectuelles arides, de ce processus mental poussé à l’extrême et dénudé sous nos yeux, la douleur physique, l’indicible bourrasque émotionnelle intérieure.
Le corps qui se vide de ses forces pendant que les mots continuent de répliquer. Le puit de douleur sans fond qui se creuse en chacun pendant que l’espace se rempli de leur parole précise et construite.
Et le spectacle de provoquer en nous exactement ce qu’il s’applique à ne pas être : un déluge incontrôlé d’émotions. Voire un déchirant pathos ou un torrent de larmes pour les cas les plus désespérés.
Et puis il y a ces interludes. Un au milieu, et un autre à la fin du spectacle. Des enfants qui surgissent de nulle part, ramenant au milieu de ce duel une touche d’humour, de légèreté. Rappelant que la vie continue.
Rappelant que ces mots, si forts et si singuliers, sont, ont pu, être ceux de tous.
De tous ceux qui se sont rués en librairie peut-être…
Et puis rupture de stock. Point de rupture.
La boucle est bouclée, je reprendrai le train pour Paris ce soir .




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