Archive par auteur

Pierre Rigal is a crazy fuck%!°ing rock star!!!!!!!!!!!!

Je sors tout juste de la première représentation de son spectacle Micro… je reviendrai sur le sujet, mais là il fallait absolument que je passe vous dire à quel point c’était sublime!

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Shhh – Silence au festival d’Avignon

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Shhh me fait-on savoir est la pièce où « tout est interdit et ce qui n’est pas interdit est obligatoire »

Alors Shhh… on ne dira pas qu’on a aimé se faire verbaliser dans la rue pour « port de sandales en plein festival » et « robe trop chic » par la compagnie en plein tractage.

On ne dira pas non plus que cette bande de joyeux furieux fait preuve de tout autant d’humour (et de perspicacité) dans la pièce qu’elle joue tous les soirs à 22h34 au Théâtre des Béliers.

On tâchera de ne pas révéler qu’à la sortie du spectacle, on a scruté les discussions de ses voisins pour les entendre évoquer pêle-mêle -et le sourire aux lèvres- 1984 de George Orwell, Bienvenue à Gattaca sans Ethan Hawke et les Monthy Python.

Shhh… on se gardera bien de parler du monde qu’ils décrivent, lointain mais pas tant que ça, où les relations se tissent obligatoirement au sein d’une même classe sociale, où il faut demander l’autorisation à un agent de l’état pour déclencher une crise conjugale, et où l’on ne peut même plus insulter la machine à café sans se prendre une amende.

Et on n’avouera surtout pas que, nous aussi, on flippe de devoir un jour remplir un formulaire administratif pour entamer toute action de drague.

Shhh… on fera semblant de ne pas avoir croisé les doigts pour gagner – tout pris qu’on était dans le spectacle- la pauv’ brique de lait et la place pour le Dindon offertes au premier kéké qui levait la main.

On passera sous silence le talent des 6 comédiens qui virevoltent d’un rôle à l’autre, en mariant rythme effréné et précision sans faille, le tout au service d’une mise en scène pleine de trouvailles, d’inventivité et d’allées-venues savamment chorégraphiés.

Et puis surtout on n’ira pas raconter que ça fait du bien de se laisser entraîner par leur plaisir communicatif à jouer, leur enthousiasme et leur vent d’idées farfelues, dans l’un des recoins les plus frais d’Avignon.

Mais Shhh… nous on dit ça, on dit rien…

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Le chiffre inutile du jour

Depuis le début du festival :

11 personnes sont arrivées sur ce blog en tapant dans Google « festival avignon nu »
4 en tapant « messieurs tout nus »
3 en tapant « acteurs nus »
1 en tapant « lapin nu » ( ???!!!)
1 en tapant « panpan culcul tout nul »
1 en tapant « soirée nue avec ses amis » (comme quoi chacun occupe vraiment ses soirées comme il veut)
Et 2 en tapant « comique suisse nu ».

Soit au total 23 internautes probablement très déçus.

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Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Philippe Quesne, le riz au lait et les images

Je l’avoue, cet après-midi, je m’apprêtais à aller faire les soldes, histoire de voir s’il y a encore des choses à sauver dans ce monde qui – vu des gradins d’Avignon- va si mal.

Oui, je m’apprêtais à aller faire les soldes, mais j’ai dû rentrer absolument ici pour vous parler de Philippe Quesne, du riz au lait et des images.

Philippe Quesne donc, dont j’ai vu la dernière création Big Bang hier soir.
Ses spectacles sont comme des morceaux de Barbapapa. Sucrés, parfois roses et enfantins, ils vous fondent dans la bouche en moins de deux.

Rien ne reste… ou presque. Et c’est là la magie du bonhomme. Faire poindre derrière la légèreté absolue et le dérisoire, une douce mélancolie, une impression indéfinissable qu’il est en train de se dire quelque chose qui nous concerne.

Dans Big Bang, on retrouve une joyeuse bande -celle du Vivarium Studio qui est de toutes ses aventures théâtrales- que l’on voit cette fois-ci tenter de mettre en scène les origines du monde. Mais leur but n’est jamais explicité clairement, et c’est de là que provient tout le trouble qui ouvre la porte au style Philippe Quesne.

Les personnages vont et viennent, avec la concentration, l’application et le souci du détail de ceux qui ont une mission importante. L’accent est mis sur la lenteur, l’action qui est en train de se faire, et qui forcément tourne à l’absurde puisqu’on n’en connaît ni les tenants ni les aboutissants.

Ce qui prend le pas sur la compréhension, c’est alors la poésie visuelle des scènes, composées par Philippe Quesne – plasticien de formation – comme des tableaux qui s’élaborent touche par touche. Et un sentiment d’être unis dans l’absurde, joyeusement, gaiement, comme une bande de grands enfants un peu dépassés par ce qu’ils font, mais qui aiment y travailler ensemble.

Plus radicalement que dans La Mélancolie des Dragons (son dernier spectacle), Big Bang franchit sans frapper l’antichambre où siègent nos neurones, pour s’adresser directement à cette partie sensible, cachée et silencieuse de nous même.

Sans s’embarrasser de fil narratif, de dialogues cohérents ou de personnages définis, sans formule de politesse ou panneau d’avertissement, seulement avec des images.

Et le problème avec les images, c’est que ça passe ou ça casse. Et c’est indiscutable.

Je ne voudrais pas avoir l’air de me défiler comme une vieille chaussette, mais rien ne sert de tenter de comprendre, d’expliquer, d’analyser, de convaincre, ce n’est pas par là que ça passe.

Et disons –le franchement, ceux pour qui ça ne passe pas auront la désagréable impression d’avoir payé 27 euros pour voir des bonhommes verts sur fond vert trimer pour empiler des canots pneumatiques de tailles variables.

Je me sens un peu coupable de ne pas pouvoir vous aiguiller plus que ça… Alors ce que je vais faire, c’est vous proposer aussi une autre alternative.

Le subjuguant Riz au Lait, qui se joue dans le off à la Condition des Soies à 13h40.
Et quelque part les cousins taïwanais de Philippe Quesne.

Au moins pour ce qui est du goût pour les images et pour un certain bonheur à cultiver le temps suspendu.

Mis en scène par un américain, Craig Quintero, et interprété par les artistes taïwanais du Riverbed Theatre, Riz au lait ne vous racontera pas d’histoires.

Non, Riz au lait se laissera déguster depuis les nimbes mous et ouatés où il vous aura plongé, en prenant son temps, et toujours avec délicatesse.

Là aussi les scènes sont construites comme des tableaux.

Lentement, très lentement, les interprètes viennent prendre position dans la scène qui se dessine devant nos yeux.

Dans le silence le plus absolu et avec quelque chose d’une pudeur et d’une retenue rassurantes.

Et pourtant, les images qu’ils composent relèvent d’une poésie aussi délicate que cruelle, aussi gracieuse que sombre.

La souffrance, l’amour, l’innocence… les tableaux successifs de Riz au lait charrient les sentiments humains dans ce qu’ils ont de plus beau et de plus noir.

Sans lien apparent, ils s’enchaînent d’ailleurs en douceur, sans interruption, comme un fil qu’on déroule. On se régale et on s’émerveille de leur beauté étrange, en se laissant aller à ne pas se poser la question du sens, en se laissant porter.

Et en souriant quand les images se font littérales comme cette jeune fille qui, dans un verre à vin, « boit les larmes » d’une autre.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Merci -que la rencontre se fasse ou pas- de nous offrir au moins la possibilité de prendre une autre porte. Celle de nous laisser porter sans avoir à user de ces neurones qui prennent tant de fois le pas sur tout.

Merci d’avoir confiance en cette petite part cachée de nous-même qui peut vibrer sans qu’on lui dise un mot.

Philippe Quesne, le riz au lait, les images… merci !

Car il faut une vraie vision pour réussir à guider toute une troupe – pêle mêle les acteurs et nous les spectateurs- dans une direction qui s’amuse à prendre des airs de ne pas en être une.

Oula, je me relis, désolée… euh… c’est un peu grandiloquent ces mercis, non ?

Et ben tiens pour la peine, je m’en vais de ce pas me livrer à une autre activité, avortée ce matin, et qui elle non plus ne fera pas trop appel à mes neurones…

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Alternative sprirituelle

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Vous êtes venu au Festival d’Avignon, vous avez vu Trust (le spectacle de Falk Richter et Anouk van Dijck) et vous êtes depuis, comme moi, plongés dans un atroce néant spirituel ? Vos espoirs gisent avec les morts, vous ne croyez plus en rien, vous ne tentez plus rien ?
Il existe une solution !
Oui, une solution, ici même à Avignon, très exactement dans la rue Campane, au numéro 14.
Un lieu où l’on saura vous écouter, vous comprendre, vous rassurer, et guider votre âme vers de nouveaux horizons.
Et permettez moi-entre deux mots de Shakespeare, Camus, Racine et les autres – de citer le grand Fox Mulder :
« La vérité (peut-être) est ailleurs. »

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Trust – Falk Richter danse pour la deuxième fois et Superman meurt encore une fois

Trust

C’est sûr, on ne connaissait pas l’auteur Falk Richter pour son optimisme débridé sur notre société.

Pour s’être pris en pleine figure Das System mis en scène par Stanislas Nordey ici même à Avignon il y a deux ans et un Electronic City mis en scène par Cyril Teste un peu plus tard, on sait déjà que ça fait un bail que l’auteur allemand a balancé ses bisounours par la fenêtre… et ses illusions avec.
Pour rappel des thèmes passés à l’implacable moulinette Richter : emprise du virtuel et des nouvelles technologies, hégémonie de la sphère économique, manipulation médiatique et politique… Avec à chaque fois une application toute particulière à décortiquer comment ces travers modernes écrasent les hommes et pervertissent les relations humaines.

Oui, on nous avait prévenus, Falk Richter n’est pas un optimiste. Et s’il m’a enchantée avec Trust, je crois aussi qu’il est définitivement venu à bout de mes derniers espoirs.

Deuxième spectacle conçu en collaboration avec la chorégraphe néerlandaise Anouk van Dijck (après Nothing Hurts), Trust réussit le formidable exploit de taper en plein dans le mille d’une cible qu’on croyait invisible.
Mettre le doigt sur ce qui fait que rien ne va jamais, sans qu’on sache vraiment ce qui ne va pas et surtout, sans qu’on ait mal au point de changer quoi que ce soit.

1h45 de spectacle pour cristalliser le mal impalpable de notre société moderne et mettre des images sur cet état latent dans lequel notre monde nous a précipités. Cet état qui nous épuise et contamine toutes les sphères de notre vie au point de ne plus savoir par quel bout prendre le problème.
Et vlan, nos vies toutes tracées et planifiées.
Et vlan, l’impossible équilibre des relations humaines.
Et vlan le système économique qui s’écroule en temps de crise, et nos derniers refuges avec. (l’argent, l’immobilier, beaucoup plus sûrs que les humains)

Sur le plateau, on se centre sur les rapports humains, base sapée d’un monde en déconfiture.
Aux mots de Richter mots qui cherchent à dire l’impossible confiance, l’inatteignable équilibre entre deux êtres et le gouffre sans fin dans lequel on s’engage quand on persiste à vouloir l’atteindre, répondent les corps merveilleusement chorégraphiés par Anouk van Dijk.
Beaucoup de duos, de corps à corps qui toujours s’attirent se repoussent, se contraignent l’un l’autre et surtout s’échappent, se fuient, se glissent entre les mains, tentent de se rattraper sans jamais vraiment se saisir l’un de l’autre définitivement.
Avec l’autre c’est trop complexe pour être supportable, sans l’autre ça n’a pas de sens. Et de sombrer dans un tourbillon émotionnel sans porte de sortie, un vertige existentiel qui ne trouve de solution ni dans la fuite ni dans le rapprochement.
Une scène de ménage qui tourne en rond d’un côté, deux corps qui se cherchent de l’autre, une voix au micro, parfois une chanson. La richesse des actions simultanées sur scène, et l’absence d’intrigue centrale et de personnages à part entière, vient précipiter le sentiment de confusion irrémédiable.

Bon évidemment maintenant que le décor est planté, si je vous dis qu’on y rigole beaucoup, vous n’allez pas me croire.

Face au bazar humain, Richter, toujours, œuvre avec un cynisme féroce mais comique, que les danseurs-comédiens de Trust – dont on salue sans exception la performance- s’approprient avec une visible jubilation.
Comme cette scène qui voit un coach tenter d’arracher un aboiement agressif à une rangée de personnes apeurées, incapables d’articuler autre chose qu’un « miaou » timide.
Incapables de résister, de taper du poing sur la table et de changer le monde qui leur échappe de toutes parts.
« Je voulais changer le monde et je t’ai rencontrée. »
« Je voulais changer le monde et maintenant je veux juste m’y fondre. »
« Je ne peux jamais partir, je ne peux que m’effondrer. »
« Je ne sais pas où aller pour sortir d’ici.  »

Le constat est sombre et irrémédiable. Le monde va mal, nous aussi, rien ne sert de changer c’est encore plus compliqué. Et d’ailleurs rien que d’y penser, on est déjà à bout de forces.

Il y a des spectacles qui nous parlent d’un monde qui va mal mais qui, d’une façon ou d’une autre, nous laissent un petit cadeau de fin : une petite larme, un sentiment d’être vivant et une soudaine envie de se prendre pour Superman et de changer le monde. Ok, ça dure deux ou trois heures pas plus, mais avouons-le c’est un plaisir expiatoire qui fait du bien.

Chez l’aride Falk Richter, pas de plans sur la comète ou de douces illusions, il ne nous laissera pas savourer ce petit plaisir culcul. Aucune pâquerette ne repousse après la tempête.

Il y a donc un point qui reste un mystère pour moi et ma boîte de Lexomil.
Par quel biais ce type de spectacle – fabuleuse réussite théâtrale au demeurant- peut-il nous amener à plus qu’un constat désespéré ? Et d’ailleurs est-ce l’un de ses buts? Parce qu’après tout, me direz-vous, mettre des mots et des images sur ce qui ne va pas, c’est déjà pas mal…

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Un nid pour quoi faire. Bah oui tiens, pour quoi faire ?

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On se pose souvent tout un tas de questions bêtes.

Est-ce que tu préfères mourir de froid ou de chaud ?
Est-ce que tu préfères gagner 10 000 euros tout de suite ou 100 000 dans dix ans ?
Est-ce que tu préfères ton père ou ta mère ?

Bon bah moi, en sortant d’Un nid pour quoi faire, spectacle d’Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, j’ai désormais la réponse à l’une de ces questions essentielles.

Est-ce que tu préfères t’ennuyer en silence ou dans le brouhaha ?

Si certains se sont dits ennuyés par les silences de Christoph Marthaler et de son Papperlapapp d’ouverture, moi je peux dire que je le fus sérieusement par le trop-plein de mots d’Olivier Cadiot. Ou peut-être plutôt par sa mise en forme théâtrale.

Ça partait pourtant plutôt bien.

Une petite annonce incongrue, jolie promesse de départ. « Cour royale en exil à la montagne cherche conseiller en image, chambre tout confort dans chalet atypique, artistes s’abstenir, envoyer prétentions. »

Et en première réponse une proposition esthétique tout aussi loufoque, qui voit débarquer dans un chalet les membres de ladite cour, dans des tenues qui font référence pêle-mêle à la combi de ski de mon oncle Albert dans les années 70, à la robe de chambre de Marie-Antoinette et à ma dernière acquisition chez H&M, le leggings rose fluo tendance 80’s.

On se retrouve donc face une parfaite bande de freaks, petite communauté refermée sur elle-même et entièrement dédiée à satisfaire les moindres caprices de son roi tyrannique et désabusé. Dans un espace fermé –un chalet et la neige omniprésente autour grâce aux projections vidéos- chacun s’affaire à des choses absurdes, s’inquiète des mauvais problèmes et fait monter la mayonnaise sur de sujets qui n’en sont pas.

Et pourtant on sent que tout ça se tient et suit – dans leur univers – une logique indéniable, un fil rouge qui leur est propre et nous échappe. Un cercle clos à la Truman show où tout est vrai dans un monde faux, cohérent dans un monde incohérent.

Et c’est là la principale réussite de cette mise en scène, qui arrive à préserver du trop-concret, l’impalpable l’étrangeté qui règne dans le texte d’Olivier Cadiot. Cette bizarrerie indéfinissable que l’on sent monter à la lecture ou à l’écoute du texte, et qui a la particularité de ne pas trouver pas son origine dans les ressorts habituels : pas de mots ou de phrases complexes, pas d’associations farfelues de mots ou d’idées, pas d’actions trop directement absurdes.

Revenons-en au roi, car après tout c’est le roi.

Déchu, fatigué, exilé, il est comme « un petit soleil qui brille pour trois pelés », ayant conservé les habitudes capricieuses et le faste des grands jours quand sa gloire est derrière lui.

Son analyse de la situation ? C’est évident, il souffre d’un déficit d’image, et pour y remédier il lorgne du côté des techniques marketing et consomme des conseillers (en poésie, en diététique etc.) comme des cachets de Lexomil.

Le dernier en date c’est justement Robinson – personnage récurrent des histoires d’Olivier Cadiot – jeune homme introverti en quête de sa place au chaud dans ce monde, arrivé au royaume presque par hasard.

Sous la loufoquerie, la satire politique commence à pointer, évidemment.

Le pouvoir qui flirte d’un peu trop près avec la communication, le rafraîchissement de l’image qui passe avant le renouvellement des idées politiques, le besoin de s’ancrer dans le passé pour être légitime et dans la nouveauté pour conserver son attrait. Bref, tous les caprices et les aveuglements d’un pouvoir centré sur lui-même…

Tout ça se fait au départ avec beaucoup d’humour et d’apparente légèreté, de brainstorming insensés (et si on s’associait à une marque de gelée royale, et si on éditait des boîtes de chocolats à l’effigie des membres de la cour ?) en propositions politiques fortes (pourquoi pas des travailleurs transgéniques qui s’autodétruiraient à l’âge de la retraite ?).

Et c’est la que la machine royale s’emballe.

Le texte d’Olivier Cadiot, bavard et rapide par nature, continue d’accumuler les mots. Ils s’accumulent, s’enchaînent, digressent à loisir.

Au bout d’un moment la mise en scène qui trouvait là matière parfaite à développer subtilement ses personnages, son ambiance et sa satire, semble se laisser rattraper par le trop plein de mots justement.

Et de caser une blague par-ci, une farce par là et entre les deux une autre scène de crise de nerfs royale, comme s’il fallait bien faire quelque chose de tous ces mots.

Le tout devient bavard, très bavard et patine sur place sans qu’on sente le propos satirique qui sous-tend tout ça tenter de se développer plus loin.

Et nous, on finit par lâcher ce fil rouge étranger auquel on avait aimé chercher à s’accrocher au départ.

Au milieu de la poudreuse, il y a heureusement les acteurs, tous très bons, et qui grâce à leur rythme et leur dynamique permettent de rattraper un peu de la distance avec les mots. Laurent Poitrenaux tient à merveille son personnage de roi déchu, auquel il donne beaucoup plus de profondeur que celle d’un simple tyran capricieux, avec ce je-ne-sais quoi presque attachant d’un enfant dépassé par la situation.

Et puis il y a aussi les bulles introspectives de Robinson, matérialisées par de planantes vidéos de routes enneigées et par une « voix off » apaisante qui évolue sur la musique de Rodolphe Burger. Véritables respirations dans le spectacle, changements rythmiques et esthétiques réussis, elles viennent nourrir la pièce d’un peu de recul supplémentaire et salvateur.

Il faut le dire, je repars du Nid déçue.

Mais comme on n’est pas très branché monarchie absolue sur ce blog, je tiens à préciser que ce point de vue n’a aucune velléité despotique, et pourra facilement trouver son contrepoids dans d’autres royaumes, où les critiques sont visiblement très positives sur le sujet.

Ah oui, et au fait, je ne me suis pas du tout ennuyée pendant Papperlapapp !

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Patapons et cucurbitacés

patrick robine ferme des concombres

C’est marrant que j’ai été voir le spectacle de Patrick Robine -mis en scène par Jean-Michel Ribes- pile AUJOURD’HUI.

Oui parce qu’aujourd’hui j’ai 30 ans.

J’ai 30 ans et je crois toujours au monde des Patapons. Ce qui, d’après certains de mes amis, pourrait vite devenir un problème. A partir d’un certain âge me dit-on, il faudrait penser à laisser tomber les pataponeries pour les choses sérieuses.

Et c’est là – aujourd’hui même alors que j’allais m’y résoudre (si maman c’est vrai !) que je tombe sur Patrick Robine et sa ferme des concombres.

Je tombe sur Patrick Robine et je me fais happer en moins de temps qu’il ne faut pour poser ses fesses sur un strapontin dans sa bulle imaginaire et improbable, son monde fou et généreux où tout est possible, où tout est normal.

Ça y est, j’ai 30 ans, et je veux manger de spaghettis cuites sous la cendre.

J’ai 30 ans et je veux fuir l’ordre, le taylorisme et les jardins à la française.

J’ai 30 ans et je veux vivre assez longtemps pour pouvoir observer la transhumance des étoiles de mer et voyager à dos de grand chameau d’Assynie de taille moyenne.

J’ai 30 ans… et je veux marcher le jour puisqu’on ne peut dormir la nuit.

En osant les associations les plus incongrues avec un naturel désarmant, et parce qu’il sait si bien donner des allures familières à son monde délirant, Patrick Robine nous fait franchir sans heurt les quelques pas qui nous séparent de sa ferme des concombres.

Abandonnés nos élans de rationalité, laissées de côté nos tentatives d’analyse… Après tout, pourquoi se méfierait-on puisqu’on est – nous fait-on croire- en terrain connu ?

Et c’est comme ça que l’on se retrouve l’air de rien suspendu aux lèvres d’un homme qui, tout naturellement, côtoie des cucurbitologues et préfère passer sa tête à travers l’œil de boeuf.

Souvent accompagnée des imitations les plus improbables (mention spéciale au waterbed) et des allitérations les moins attendues, la parole de Patrick Robine déploie son chic à créer dans nos têtes une foule d’images instantanées, et à réveiller, de façon assez jubilatoire, notre soif d’histoires et de mots.

Et puis c’est la fin du spectacle, les lumières se rallument. La bulle éclate, et moi, j’ai toujours 30 ans.

Mais quelque part, je crois que c’est moins grave qu’il y a 1h10.

Parce que maintenant je sais que dans cette ferme des concombres, il y doit bien y avoir un peu de place pour une bloggeuse de taille moyenne et trois patapons.

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Gisèle Vienne – This is What I Understood

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Rappelez vous la première de votre classe de troisième. Celle qui n’avait toujours pas quitté ses robes à smoke, qui disait qu’elle avait raté quand elle avait 15/20 et qui en plus mettait à l’amende tous ses petits camarades au cours de piano.
Maintenant imaginez qu’un midi, elle vous invite à déjeuner, que vous débarquiez dans sa chambre, et que là, vous découvriez que ses murs sont tapissés de posters de Marilyn Manson et qu’un crucifix orne tranquillement sa tête de lit.

Et bien, résumé très grossièrement, c’est un peu ça le choc de This Is How You Will Disappear, la nouvelle création de Gisèle Vienne présentée au festival d’Avignon cette année.

Dans une forêt visiblement reconstituée à partir de vrais arbres, Gisèle Vienne fait se rencontrer -en musique plus qu’en paroles- une gymnaste en quête du salto parfait, son [...]

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Catastrophe!

photo : Christophe Raynaud de Lage

Je pars ce matin de Paris pour Avignon, tôt histoire de pouvoir voir des spectacles cet après midi et d’avoir quelque chose à raconter sur ce blog.

J’arrive à Avignon, je ne défais pas ma valise -je fonce- histoire de pouvoir voir des spectacles cet après midi et d’avoir quelque chose à raconter sur ce blog.

Je cours comme une folle à l’autre bout de la ville.

Tiens j’ai oublié de déjeuner, pas grave je fais ça pour pouvoir voir des spectacles et avoir quelque chose blablabla blablabla le blog.

Evidemment je manque de rater ma navette pour la chartreuse de Villeneuve (et une rare occasion de faire 45 mn de marche par 45°).

J’arrive à la chartreuse pile pour la représentation du spectacle de Jean Lambert-wild « La mort d’Adam. ». Chouette, c’est le premier spectacle que je vois de lui… et ce soir je vais pouvoir en parler sur le blog.

Et là, catastrophe, c’est le roupillon ! Bah oui, je me suis endormie d’une force, mais alors d’une force… Imprévu, absolument incontrôlable et surtout totalement fourbe le roupillon.

Et ça, et ben ça va pas m’aider pour blabla bla blablabla le blog ce soir.

Qu’est-ce que je vais bien pouvoir vous dire sur La mort d’Adam moi ?

Que tout ça, entre deux bribes de roupillon, m’a paru bien bien hermétique. Un texte magnifique mais difficilement pénétrable, un superbe travail sur la vidéo, et une comédienne-narratrice à la présence sereine et majestueuse, parfaitement à sa place. Mais mis côté à côte, tout ça m’a paru former un grand imbroglio qu’il nous faut démêler avec peine, un rêve indéterminé où semblent ressurgir des sensations et des souvenirs qui nous restent étrangers. Et ce, je vous le garantis, même vu depuis mon propre espace onirique, où je roupillais siégeais allègrement.

Et oui bon ben évidemment, je tiens aussi à préciser que ceci n’est pas une critique de spectacle.

A demain.

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